MEDITATION SUR LE VIDE
.
Qu'est-ce que le vide ? E.Klein explore plusieurs directions pour répondre à cette question. On comprend que l'expression du vide puisse, en raison de sa complexité, défier le langage. On se trouve confronté à ce paradoxe que le vide est, selon l'approche que l'on en a ou selon la théorie à laquelle on se réfère comme le dit E.Klein, balloté entre vacuité et plénitude : "Alors qu'est-ce au juste (le vide) ? À coup sûr, une épine dans le pied. Et de taille. [Faire le vide] la difficulté ne provient pas du limpide verbe faire, mais de l'énigmatique substantif vide. Qu'est-ce que le vide ? Un équivalent du néant ou du rien, répondra-t-on par réflexe ; le lieu de l'absolue vacuité, de la béance intégrale, dira-t-on en se croyant inspiré. Mais alors possède-t-il une extension spatiale, cette "dimensionnalité' que les penseurs ont fini par lui accorder ? Si oui, peut-on faire le vide au prix d'un nettoyage intégral, d'un évidement radical de ce que contient un volume donné ? Très vite et immanquablement, d'autres questions surgissent : Le vide existe-t-il ? Si oui, de quelle manière et où ? Sinon, a-t-il pu exister dans le lointain passé de l'Univers, voire avant que celui-ci n`apparaisse? Procède-t-il d'une évacuation partielle du monde, d'une biffure locale de l'être, ou bien constitue-t-il la souveraine anticipation de l'Univers, sa matrice primitive, son prologue immatériel, ainsi que le laissent entendre certains physiciens ? "Vous devriez apprendre à faire le vide..." Expression décidément curieuse. On saisit intuitivement qu'il ne saurait s'agir de "faire le néant", même si les mots "vide" et "néant" sont souvent confondus. Faire le néant équivaudrait à supprimer l'Univers tout entier, y compris son espace et son temps, et constituerait une entreprise apocalyptique et par trop présomptueuse, surtout si on définit le néant au plus ras de lui-même, à la manière de Raymond Devos : "un trou avec rien autour". Il ne saurait s'agir non plus de ne rien faire, de devenir "fai-néant", bien que cette entreprise soit davantage à ma portée. Au demeurant, ne crée-t-on pas un paradoxe en accolant le verbe "faire", qui suppose une action, au mot "rien" dont le surgissement vient aussitôt abolir toute action? Un coup d'œil dans le dictionnaire ne permet guère de progresser, car au mot "vide" sont attribuées des significations fort différentes, satellites aux orbites incertaines : le vide qu'on fait autour de soi en allumant un cigare n'a guère à voir avec la vacuité bouddhiste ou le néant hindouiste, ni avec celui qu'on réalise dans un tube prétendument "à vide", ni avec le vide psychologique dont on fait l'expérience lorsqu'on s'ennuie, ou le vide intérieur qu'on éprouve lorsque l'être aimé nous a quitté, ni avec celui, à la fois rempli d'air et vertigineux, que redoute l'acrophobe mais qui excite l'alpiniste, pas plus qu'avec le vide dans lequel parfois l'on parle, ou celui, très subjectif, je le concède, que laisse l'ultime note d'un concert des Rolling Stones. Quant au vide que les physiciens appellent "quantique", c'est une tout autre chose : un milieu très spécial, où se côtoient toutes les virtualités concevables, truffé, précisent-ils, d'étranges particules à la fois présentes et pas tout à fait réelles... Pour ne rien simplifier, les philosophes s'en sont mêlés, dès les débuts de leur quête, voilà plusieurs millénaires. À les en croire, le vide posséderait l'ontologie polychromatique d'un arc-en-ciel : tantôt il est irréel, irreprésentable, impossible à penser, voire interdit d'existence au motif que la nature l'aurait en sainte horreur ; tantôt il est une "présence raréfiée jusqu'à l'absence", une sorte de réification du néant; tantôt une "déréalisation de l'être", un vaste désert, une sorte d'éther à la fois pleinement existant et dépourvu de toute matérialité. Le vide est ainsi mis en ballottage existentiel, telle une particule quantique, un pied dans la réalité, l'autre ailleurs — mais où?" (1).
E.Klein expose ailleurs cette dernière approche, physique, du vide : "De nos jours, on définit plutôt le vide comme étant ce qui reste dans un récipient après qu'on en a tout extrait. Cette définition est toutefois problématique. Pourquoi ? Parce que si le vide existe, c'est qu'il n'est pas rien, c'est qu'il est quelque chose de particulier, mais curieusement, ce «quelque chose de particulier» qu'il est ne doit pas être enlevé quand on fait le vide sous peine de faire du vide en question un pur néant qu'il ne peut pas être puisqu'on vient de dire qu'il était quelque chose... En clair, pour faire le vide, il faut tout enlever, absolument tout, sauf le vide... D'où la question : que doit-on inclure dans ce « tout » qu'on enlève ? … Ainsi, pour dire ce qu'est le «vide», il faut pouvoir définir ce qu'on enlève… Où dois-je m'arrêter ? Où se termine la panoplie des objets que je dois ôter pour réaliser le vide ? Poser cette question, c'est comprendre que le «tout», le «tout» de la phrase «le vide, c'est ce qui reste après que j'ai tout enlevé» va différer selon que je me réfère à telle théorie physique ou à telle autre… Par exemple, en physique quantique, le vide n'est pas l'espace vide. Il est rempli de ce qu'on pourrait appeler de la matière fatiguée, constituée de particules bel et bien présentes mais n'existant pas réellement : elles ne possèdent pas assez d'énergie pour pouvoir vraiment se matérialiser et, de ce fait, elles ne sont pas directement observables. Ce sont des particules «virtuelles», qui végètent dans une sorte d'ontologie endormie… Pour les faire exister vraiment, il faut leur donner l'énergie qui manque à leur pleine incarnation… il y a un autre moyen plus efficace de réveiller le vide quantique. Il suffit de faire entrer en collision deux particules de haute énergie. Celles-ci offrent alors gratuitement leur énergie au vide et, du coup, certaines particules virtuelles deviennent réelles et s'échappent hors de leur repaire. Elles qui faisaient un petit somme depuis plusieurs milliards d'années retrouvent la vitalité qu'elles avaient dans l'univers primordial et s'extraient du vide quantique avec une énergie plus ou moins grande. Cette façon de voir change bien des choses. Elle invite notamment à regarder le LHC comme une sorte de bouilloire capable de chauffer le vide quantique et d'offrir ainsi une cure de Jouvence à l'univers. C'est grâce à lui que le boson de Higgs, violemment extirpé du vide, a pu être détecté par deux énormes détecteurs"(2).
Nous gardons à l'esprit cette phrase : "Ainsi, pour dire ce qu'est le «vide», il faut pouvoir définir ce qu'on enlève", pour aborder la seconde partie de notre réflexion concernant cette fois la méditation. A propos de la méditation, J.Vignes rapporte cette formule qu'il tient dit-il de son maître : "C'est vrai qu'il n'y a rien à faire, mais il y a beaucoup à défaire"(2). Faire et défaire, J.Vignes reprend cette idée quelques lignes plus loin : "D'après les chercheurs Giulo Tononi et Chira Cirelli, qui sont tous deux professeurs de psychiatrie à l'université du Wisconsin à Madison, aux États-Unis, la fonction du sommeil ne serait pas tant de renforcer les souvenirs d'apprentissage, que d'éliminer tous les autres. Cela permet de désencombrer le cerveau de tas de connexions synaptiques inutiles, et a donc une fonction d'homéostasie. Il y aurait ainsi une sorte de sélection darwinienne, en particulier pendant le sommeil profond lent : les souvenirs les plus faibles seraient éliminés tandis que les apprentissages récents, qui pendant la journée ont plus fortement imprimé les circuits synaptiques, seraient conservés. Ce dernier phénomène est même vrai pour un petit somme après des apprentissages. Il faut comprendre que le cerveau accapare 20 % de la consommation énergétique de l'organisme, ce qui en fait l'organe le plus gourmand par unité de poids. Sa consommation en oxygène est synaptique pour au moins les deux tiers. Il y a donc grand besoin d'éliminer la nuit les connexions inutiles, pour revenir à une homéostasie de base. Pour mémoriser les événements importants de la journée, il faut les comparer avec notre mémoire plus ancienne. Ce serait la fonction du rêve, avec son association évidente de souvenirs de la journée et d'autres plus anciens. Pendant le sommeil, le cerveau est libéré de la tyrannie du présent et peut faire son travail intérieur en toute tranquillité. Un marqueur de l'intensité des connexions synaptiques est la quantité de récepteurs AMPA. Il augmente après l'éveil et décroît après l'endormissement. Cette vision de l'utilité du sommeil par Toni et Cirelli nous semble proche de l'efficacité de la méditation. Par la détente consciente, on se libère de multiples tensions et souvenirs inutiles, et on se centre sur l'essentiel. On fait notre ménage, notre homéostasie cérébrale avant même d'atteindre le sommeil. Le grand avantage de la méditation par rapport au sommeil, c'est que la sélection des souvenirs se fait consciemment, elle n'est pas automatique comme durant la nuit. Ce désencombrement des souvenirs inutiles est d'autant plus important, que dans notre culture à la fois de privation de sommeil et d'hyper connectivité médiatique, le bombardement d'informations le plus souvent inutiles nous «prend la tête» littéralement et handicape le fonctionnement sain de notre mental".
"Ce qu'on enlève" au cours de la méditation pour faire le vide, serait ainsi, selon J.Vignes, les "multiples tensions et souvenirs inutiles" qui handicapent " le fonctionnement sain de notre mental". Sans établir de parallèle entre l'information contenue dans le vide quantique dont parle E.Klein et la méditation sur le vide, on rapprochera néanmoins son propos de celui de S.Saraswati qui nous parle de l'information inconsciente qui oriente notre conscience : "A l'intérieur de notre tête se trouve un ordinateur hors pair, un bio-ordinateur dont la complexité nous dépasse. D'après les savants, il est constitué de quelque chose comme 10 à 13 milliards de neurones qui analysent, interprètent, comparent, synthétisent et transmettent les informations venues du monde qui nous entoure et de notre propre corps. Il est capable de combiner des milliards de renseignements fournis par les sensations visuelles et auditives avec des données sensorielles internes venant de toutes les parties du corps à chaque seconde. Souvenez-vous que chaque poil est relié au cerveau. Chaque centimètre carré du corps possède ses propres relais vers le cerveau. Cependant, on n'est jamais conscient de toute cette activité car elle se produit dans la zone subconsciente du mental. Cette ignorance est absolument nécessaire, sinon nous serions submergés par un flot continuel d'informations. Et il est impératif qu'il en soit ainsi afin que notre conscience puisse s'occuper d'autres choses que de stimuli sensoriels de toutes sortes". S.Saraswati nous invite à "reprogrammer" notre mental. Il écrit : "Bien que les choses ne nous comblent pas de satisfaction, nous n'en continuons pas moins de les poursuivre. Pourquoi ? Parce que nous suivons le programme mental que nous nous sommes fabriqué"(4).
J.Vignes expose les six niveaux de conscience que distingue Andrew B. Newberg. Nous nous intéresserons aux niveaux 4, 5 et 6. On pourra lire dans ces lignes quelques pistes pour explorer la méditation sur le vide, en inscrivant fondamentalement celle-ci dans la régularité d'une pratique. Il s'agit de mettre en place des circuits de fonctionnement du cerveau, que l'habitude vient activer et renforcer. Le niveau 4 est celui de la conscience créative : "Il est essentiel de prendre chaque heure des pauses de relaxation dans son travail. Quand vous vous relaxez, certaines zones du cerveau deviennent plus actives, en particulier dans le lobe frontal, et votre esprit commence à se promener et à devenir créatif. Ce n'est pas simplement votre cerveau qui se rafraîchit en fabriquant les substances chimiques nécessaires pour prendre des décisions, il s'engage aussi d'une façon créative pour résoudre des problèmes. Cette pause est également essentielle pour la formation de la mémoire et des souvenirs, et — encore plus important — cette rêverie nous permet d'entrer dans des états de conscience supérieurs, là où commence souvent le chemin vers l'illumination. L'imagination créatrice peut survenir quand une personne se focalise intentionnellement sur un problème donné et trouve de nouvelles formes de solutions... Beaucoup de découvertes scientifiques et mathématiques surviennent de cette façon". Le niveau 5 concerne la conscience autoréflexive : "Quand vous rêvassez consciemment ou réfléchissez en pleine présence sur les pensées et sentiments apparemment hermétiques qui montent et descendent dans votre conscience, le scan du cerveau montre une activité plus du cortex préfrontal gauche (où réside votre sens de clarté et d'optimisme) que du cortex préfrontal droit (qui tend à engendrer et à gérer les inquiétudes, les peurs et les doutes sur les actions futures). L'activation de la conscience autoréflexive accroît l'activité du cortex cingulaire antérieur et de l'insula, des zones qui aident à réguler les émotions tout en accroissant la capacité du cerveau à se relier de façon empathique avec les autres. Il s'agit donc d'une réelle expansion de conscience". A. B. Newberg distingue un sixième niveau, celui de la conscience qui transforme : "L'illumination est évidemment difficile à objectiver, néanmoins, plusieurs équipes de recherche ont été capables d'identifier ces périodes de pensée exceptionnelles où la perspective change soudainement, où les soucis et anxiétés se dissolvent miraculeusement. Elles impliquent beaucoup de zones communes avec celle que Newberg a identifiées dans ses études, et c'est pourquoi il en est venu à croire que la conscience transformante est une expérience subjectivement et neurologiquement réelle qui permet aux gens d'atteindre l'Illumination. Ces individus rapportent de façon consistante plus de bonheur et de satisfaction, et les changements neurologiques observés suggèrent que les niveaux cinq et six peuvent même ralentir les processus de vieillissement du cerveau. Les études de Newberg ont montré qu'après l'expérience d'illumination –qui a pu durer quelques secondes, minutes, heures ou même jours –, le cerveau n'est plus le même qu'avant. Comme le suggèrent les psychologues de l'université de Drexel, vous pouvez préparer votre mental pour encourager une activité qui change le cerveau associée avec des prises de conscience soudaines. Quand l'activité dans le lobe pariétal décroît, le sens du soi d'une personne semble disparaître, créant une sensation neurologique «d'unité». Les pratiquants de voies ésotériques plus inhabituelles (incluant le channeling, le chant, le fait de transmettre la sagesse divine, etc.) ressentent souvent qu'il n'y a pas de séparation entre eux et Dieu ou la force qui donne forme à l'univers. Tout semble interconnecté et leur sens du soi commence à se dissoudre". La méditation est "une activité qui change le cerveau associée avec des prises de conscience soudaines", la voie de la méditation implique l'acceptation de ces modifications en cours. Nous noterons aussi que l'un des préalables à la pratique soit l'instauration d'un mode relationnel apaisé entre soi et le monde. S.Saraswati écrit : "Méditer est presque impossible quand nous passons notre temps à lutter contre la vie et les gens qui nous entourent. La méditation sera presque spontanée si nous nous laissons porter par le flot de la vie au lieu d'y résister".
L'expérience que font tous les méditants est qu'il est illusoire de vouloir interrompre ses pensées, celles-ci résultent d'une activité naturelle du cerveau qui agit perpétuellement comme une machine à faire du lien. S.Saraswati nous invite à pratiquer la dissociation : "L'identification avec le corps, le mental et les émotions est si répandue que nous la prenons pour la vérité. Par exemple, quelqu'un dit «J'ai soif». Cette déclaration est dite sans penser à sa signification. On n'a pas compris que ce «Je» désigne notre identification et le «Je» se réfère à une sensation éphémère du corps physique. Il serait plus réaliste de dire «Mon corps a soif». De cette manière, il serait sous-entendu que le corps n'est qu'une manifestation temporaire du Soi qui est le noyau même de l'existence. La même chose s'applique à nos émotions et nos pensées. Nous disons «Je suis en colère» ou «Je suis déprimé», etc. Pourtant c'est seulement le système émotionnel du mental qui éprouve cela. Ce sont des états fugitifs qui disparaissent aussi vite qu'ils sont venus. On aime et un peu plus tard, on n'aime plus. Nous disons «Je pense ceci» ou «Je pense cela». Cependant ce n'est pas réellement «Je» qui pense, c'est le mental. Or le mental change de jour en jour. Il n'est pas permanent non plus. Alors comment pourrait-il être la réalité permanente qui est «Je» ? Un jour, notre mental peut penser quelque chose. Le lendemain, il peut très bien penser autre chose. Il est mouvance. Comment pouvons-nous nous identifier ? Il faudrait dire «Mon mental pense» ou «Mon mental croit», car le mental n'est pas le «Je» réel". S.Saraswati ajoute : "Le monde extérieur et les autres ne sont jamais vus comme ils sont réellement à cause de notre conditionnement, de nos désirs, de nos attachements et de nos refus… Nous ne nous demandons pas de changer notre style de vie. Ce qu'il faut changer, c'est notre relation avec le monde extérieur en reconditionnant notre mental… Notre programme mental actuel n'est que le fruit de nos pensées anciennes… Si nous commençons à penser différemment, alors un nouveau programme se fera jour lentement mais sûrement". La dissociation nous enseigne que ce qui fait notre identité ne doit pas figer notre identité. En ce sens le vide devient riche d'un potentiel à investir. Notons que cette dissociation est inséparable de la compassion, au sein d'un processus de dissociation, je ressens et je pense sans m'attarder, je suis observateur de moi avec compassion.
Ne dirait-on pas à la suite que méditer c'est d'abord "se méditer", au sens de contempler avec compassion "ce qu'il y a à défaire" pour que l'énergie éveille ce qui nous semblait être le vide en nous ? Pour conclure nous reviendrons sur la phrase de S.Saraswati : "Méditer est presque impossible quand nous passons notre temps à lutter contre la vie et les gens qui nous entourent". Il nous paraît intéressant de rapporter à la suite le propos de Régine D. : "Là est le problème quand on a plutôt tendance à se croire coupable de tout ce qui nous arrive. C'est ce que je ne comprenais pas dans le bouddhisme que j'ai pratiqué ; au début on m'a dit «tout vient de toi, Dieu ou peu importe comment tu l'appelles, c'est toi». Si tout vient de moi, alors suis-je responsable de ce qui m'arrive dans la vie, même les plus grandes douleurs?". Nous voulons étendre cette remarque concernant la culpabilité à la pratique de la méditation. Méditer est difficile lorsque la relation fondamentale ente soi et l'autre, entre soi et le monde, n'est pas apaisée. Mais l'apaisement n'est pas définitivement primordial dans la pratique de la méditation, ainsi que l'indique S.Saraswati: "Si nous commençons à penser différemment, alors un nouveau programme se fera jour lentement mais sûrement", la pratique de la méditation va changer, "lentement mais sûrement", notre vision de la relation au monde. Encore faut-il accepter le changement, notamment celui qu'introduit la dissociation. Nous avons rapproché "méditer" de "se méditer", pour que se fasse jour le mode relationnel de la compassion, d'abord pour défaire "ce qu'il y a à défaire" dans cette histoire personnelle de la relation. Nous nous attarderons sur la pratique de Tonglen ("une pratique méditative d'entraînement de l'esprit du bouddhisme tibétain permettant de développer la compassion", à propos de laquelle Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama déclare : "Que cette méditation aide vraiment ou non, elle me procure la paix de l'esprit. Je peux alors être plus efficace et le bénéfice est immense")(5), en citant Sogyal Rinpoché: "Je recommande toujours de pratiquer tonglen pour vous avant de le pratiquer pour autrui… Guérissez-vous de toute réticence, détresse, colère ou peur qui pourraient vous empêcher de pratiquer tonglen de tout votre cœur".
La tradition bouddhique enseigne la méditation Vipassanā, ou méditation de la vision vraie, après Samatha, pratique de la pacification mentale. Nous citons J.Kabat-Zinn qui écrit dans sa présentation de la méditation de pleine conscience, ou plus exactement de pleine présence: "Comment ralentir le rythme et nourrir en vous le calme et l'acceptation de vous-même, apprendre à observer l'agitation de votre esprit d'instant en instant, la façon d'observer vos pensées et de les laisser passer sans être pris et emporté par elles, la façon de créer de l'espace pour voir sous un angle nouveau d'anciens problèmes et percevoir l'interconnexion entre les choses"(6). Nous rappellerons les termes d'E.Klein évoquant le "ballottage existentiel" entre le vide et la plénitude, faire le vide serait-il la condition pour percevoir, ou accéder, à la plénitude ?
.
1-Ce qui est sans être tout à fait. E.Klein
2-Le monde selon Etienne Klein. Chroniques d'E.Klein sur France Culture
3-Pratique de la méditation laïque. J.Vignes
4-Méditations tantriques. Swami Satyananda Saraswati
6-Au cœur de la tourmente, la pleine conscience. Jon Kabat-Zinn
