AU-DELÀ DES APPARENCES 

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C.Pichon écrit à ce sujet : "Nous observons les personnes, les événements ou même le monde au travers de nos différents filtres émotionnels ou schémas mentaux, ce qui crée une distorsion de la Vérité. Souvent nous ne voyons pas les gens ou les faits tels qu’ils sont vraiment mais plutôt tels que nos filtres nous les font voir"(1). Et C.Pichon ajoute : "On dit qu’il y a 7 milliards d’individus donc 7 milliards de réalités différentes". Si l'on applique son propos à notre recherche, on dira qu'il y a 7 milliards d'apparences différentes pour une même vision, ce qui peut compliquer considérablement la communication.

Nous voyons à travers nos filtres. C'est aussi ce qu'enseigne la méditation bouddhique de la Vision Juste. La Première Noble Vérité nous dit que la vie est souffrance, dukkha, ce que le bon sens commun déclare d'une autre façon : la vie est un combat. Bien sûr ce concept n'est que le premier composant des Quatre Nobles Vérités.

Autre point de vue sur ce sujet, celui enseigné par le Yoga du Cœur subtil qui nous dit qu'une logique plus profonde est en fait à l'œuvre pour peu que l'on prenne le temps de la chercher. Il nous invite à une réconciliation avec nous-même, la Vie, et l’Amour : "Sereine et silencieuse, l’âme sait l’origine de la part d’ombre, et peut dissoudre toutes les chaînes de la mémoire émotionnelle. Mais quand elle nous y conduit, nous ne comprenons pas, et reculons devant tant de noirceur ou de souffrance ; sauf à y être obligé par les circonstances de la vie. C’est dans ce contexte que le Yoga du cœur, par ses techniques simples et efficaces, rétablit le lien entre nos deux niveaux de conscience. Nous retrouvons le chemin du soleil intérieur, des richesses enfouies en nous, de l’étincelle merveilleuse «Lumière-Amour-Félicité». En s’ouvrant à la force du Soi, nous nous libérons des chaînes pesantes et cachées de la mémoire émotionnelle. La réalisation débute. Nous respirons pleinement la Vie et apprécions la Beauté de l’existence(2).

Pour D.Radin, "à l’instar des philosophies orientales, on peut considérer que la conscience est partout, jusque dans les moindres atomes, et qu’elle transcende l’espace et le temps. Nous manquons d’imagination et de vocabulaire pour comprendre et pour qualifier cette dimension où tout est un, où tout est connecté, où tout est amour". Il conclut ainsi son entretien : "Je crois que nous sommes en permanence en train de créer ce dans quoi nous évoluons. Chaque être est une partie de ce collectif. Et la conscience n’est pas qu’humaine. Je parle là d’une Conscience avec un grand C, qui inclut des choses qui sont au-delà de notre entendement. Nous sommes tous impliqués dans ce qui est peut-être, au final, un seul Esprit"(3).

W.W.Dyer évoque pour sa part "le pouvoir de l'intention". A propos des connectés, les personnes qui vivent en union avec la Source de toute vie, il écrit: "Pour les connectés, rien n'arrive par accident. Ils perçoivent des événements à première vue insignifiants comme le produit d'une orchestration parfaitement maîtrisée… Ils acceptent l'idée que rien n'arrive par accident dans un univers ayant pour Source une force énergétique invisible qui crée continuellement et qui offre ses réserves infinies à tous ceux qui souhaitent y participer"(4).

Intuitivement, nous pensons que le rapport à la Source, à la Conscience, à l'Amour, est à mettre en relation avec le vécu du temps, le ressenti temporel. Il est à noter que, pour les pratiquants de la contemplation, notamment orientaux, la notion de temps semble abolie. Ou bien faut-il entendre par là qu'elle est vécue d'une façon plus authentique. La contemplation, nous dit-on, "(theôria en grec est un déverbal de theôrô : je regarde, je contemple) est une application de l'esprit à voir et observer certaines réalités"(5). Nous citons encore quelques extraits de cet article: "Dans le livre X de Éthique à Nicomaque, Aristote précise que le bonheur réside dans la contemplation (theoria), qui est la plus haute activité (energeia) et qui permet à ce qu'il y a de plus haut dans l'homme, l'intellect (noùs), d'atteindre la connaissance… Il arrive alors que l'on goûte à une fusionnelle et indicible union avec ce que Sri Aurobindo et bien d'autres sages indiens nomment le Divin, c'est-à-dire Brahman, ou Pouroushottama, se manifestant d'une part au travers de la Prakriti, la Nature, et étant d'autre part l'Absolu… La contemplation, comme la prière et la méditation est un moyen d'accéder au divin. Grégoire Ier dans son homélie XIV sur Ézéchiel développe une catéchèse complète sur la contemplation et la vie contemplative… Dès le début du christianisme, des religieux ont affirmé que le but de la contemplation est de « goûter dans notre cœur et expérimenter dans notre esprit la puissance de la présence divine et la douceur de la gloire céleste », vivre cette rencontre qui sera faite après la mort, «dès maintenant dans cette vie mortelle»… L'équivalent de la notion de contemplation dans le yoga serait le samâdhi. Le samâdhi est la contemplation profonde. Mircea Eliade traduit par «enstase», pour opposer à l'extase, où l'âme sort, va à l'extérieur. Le mot samâdhi, dans le Râja-Yoga, celui des Yoga Sūtra de Patañjali signifie : état d'union avec le Dieu personnel ou d'absorption dans l'Absolu". Dans sa Correspondance, G.Flaubert écrit : "Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps".

Nous citons aussi Aristote : "Le bonheur est donc coextensif à la contemplation, et plus on possède la faculté de contempler, plus aussi on est heureux, heureux non pas par accident, mais en vertu de la contemplation même, car cette dernière est par elle-même d'un grand prix. Il en résulte que le bonheur ne saurait être qu'une forme de contemplation"(6).

Dire que le temps est relatif nous renvoie à Einstein. On connaît le temps physique –"le principe d'équivalence va mener Einstein à une conclusion encore plus folle; que le temps est ralenti par la gravité !" Trinh Yuan Thuan; le temps organique –"le corps s'habitue à tout, il faut seulement lui laisser du temps" Alain Broissand; le temps social – celui sur lequel on peut exercer une emprise, en apprenant à mieux gérer son temps pour moins le subir; le temps psychologique – le temps est relatif signifie ici qu'il varie selon le regard que l'on porte sur lui, nous avons tous expérimenté, pour une même durée, la valeur interminable que celle-ci peut prendre ou bien au contraire sa célérité. N'être plus spectateur du temps qui passe mais se resituer, resituer son existence propre dans un flux temporel, ne peut manquer de nous amener à relativiser plus encore le temps à partir de la prise de conscience de notre propre durée. On constate alors que le temps peut se dilater ou se contracter. Fugitif ou prolongé, l'état contemplatif confère à l'instant une part d'éternité. Nous citons F.Midal : "Je parle là de quelque chose qui est très ordinaire, pas du tout d’une réflexion philosophique. Quand vous vous posez, c’est bon. Vous vous sentez vivant. Vous vous sentez humain. Vous êtes humble. Vous êtes sur la terre. Cela vous donne confiance… Méditer nous permet ainsi d’avoir confiance… On a confiance parce qu’on est en rapport avec la vie, on s’ouvre à elle… Quand on pratique, on se fie à la vie en nous. On s’abandonne à la vie dans sa fécondité. On accepte de ne plus tout savoir, de vouloir tout contrôler. On s’ouvre. Et c’est là un acte très concret"(7). S'ouvrir à la vie en nous ou hors de nous, c'est inévitablement jeter un autre regard sur ce qui était à nos yeux les apparences. Je contemple, je regarde, je prends le temps de regarder, je regarde autrement. Souvent alors s'ouvre de nouvelles perspectives sur la réalité qui s'offre à nous, c'est un chemin que suivent certains pratiquants du néochamanisme. A ce sujet nous rapportons le propos de G. Duboc, fondatrice de l'école de néochamanisme en France :"-Qui sont les enseignants spirituels ou chamans qui vous ont inspiré dans votre chemin personnel ? " -J'ai un maître qui se révèle à moi à chaque instant, il s'appelle : La Vie. Nommer des hommes comme enseignants marquants dans ma vie, c'est établir un ordre, c'est mettre une hiérarchie dans la connaissance, c'est ignorer la diversité de l'enseignement qui est présent dans tout et à tous les instants. C'est retourner à la verticalité qui exclut certains et encense d'autres. Un néochaman sort de ce schéma de pensée pour s'ouvrir aux multiples enseignements de l'ensemble du monde vivant et de son environnement sans en privilégier aucun mais en se laissant toucher par tous "(8).

Revenons à la physique avec ces phrases de C.Rovelli, car elles pourraient bien nous servir de guide dans notre recherche d'un au-delà des apparences : "La conscience des limites de notre connaissance est conscience aussi du fait que ce que nous savons, ou croyons savoir, peut aussi se révéler imprécis ou erroné. Ce n'est que parce que nous avons conscience que nos croyances pourraient être erronées que nous pouvons nous en libérer et apprendre davantage. Pour cela, il nous faut avoir le courage d'accepter que ce que nous croyons savoir, y compris nos convictions les plus profondes, puisse être erroné, trop naïf, un peu stupide. Des ombres projetées sur la paroi de la caverne de Platon"(9).

Mais, pour reprendre deux titres de Sempé, en les combinant : "Rien n'est simple" et "Tout se complique". C'est ce qu' explique M.Halévy, un physicien spécialisé dans les sciences de la complexité : "Il ne faut pas être un métaphysicien d'exception pour comprendre assez rapidement que l'obsession des lois de conservation relève des métaphysiques de l'Être, c'est-à-dire de cette volonté philosophique de trouver, derrière les apparences changeantes, des immuables transcendantaux. L'entropie, parce qu'elle ne se conserve pas, parce qu'elle augmente inéluctablement et naturellement, sème le désordre dans la physique et dans l'univers ; c'est le moins que l'on puisse en dire. Assemblage et conservation sont les deux mamelles de la vision classique de l'univers. Elles se complètent admirablement. Mais elles se heurtent la tête à deux murs autoréférents : —puisque les assemblages de briques élémentaires sont les plus faciles à faire entrer dans le moule de la conservation des briques, ne regardons que les briques et inventons le moule qu'il faut ; —puisque les lois conservatives sont les plus facilement mathématisables, il suffit d'inventer des fantômes pour leur faire porter les manques ou les excès constatés et, donc, pour prouver que l'on a raison de croire que l'essentiel est conservatif… La science physique d'aujourd'hui aboutit à présenter deux grands modèles dits «standards»… Nous voilà donc avec deux modèles standards sur les bras qui, tous deux, ne survivent à leurs contradictions avec l'expérience qu'au prix d'hypothèses «salvatrices» de plus en plus compliquées et de plus en plus abracadabrantesques. Et, comme si cela ne suffisait toujours pas, ces deux modèles sont incompatibles entre eux, inconciliables, non unifiables. Enfin, cerise sur le gâteau, aucun de ces deux modèles fondamentaux ne parvient à rendre compte des phénomènes dits «complexes»… Ces exemples et considérations, ainsi que les dizaines ou centaines d'autres qui jonchent les pas de la physique du XXe siècle, montrent que la vision classique de l'univers, au travers du regard d'un Dieu-ingénieur, mène à une impasse. Elle ne tient qu'à grands renforts de concepts fantômes que l'on surajoute en toute impunité, puisqu'ils partagent cette incroyable mais fort pratique propriété d'être indétectables. Il faut donc oser se rebeller...(10).

Avec E.Laszlo, nous avons évoqué ailleurs la mémoire akashique, en quelque sorte la mémoire de l'Univers. Le propos de M.Halévy ne peut alors manquer de nous interpeller. Il écrit : "Comme l'a parfaitement compris et pertinemment pensé Henri Bergson, le problème de la mémoire pose celui de la durée et donc du temps. D'emblée, il nous faut couper les ailes à un vilain canard qui hante encore trop souvent les philosophies de salon ou de comptoir: l'analogie entre le cerveau humain et l'ordinateur est fausse, définitivement fausse. L'ordinateur est une machine compliquée, mais il ne sera jamais un processus complexe : aucune propriété émergente inédite, donc non programmée, ne pourra jamais en sortir… Chacun de nous est plus ou moins doué pour s'enfoncer dans les couches passées du temps. En général, la plupart d'entre nous ne se souviennent que de certains de leurs propres états passés de conscience et sur une certaine distance du présent… Dans certains cas cependant, moyennant techniques et exercices adéquats, ou moyennant circonstances exceptionnelles, il nous est possible d'aller plus loin et de «remonter» au-delà des états proches qu'il est facile de réactiver. C'est, semble-t-il, le cas dans des expériences de rebirthing ou de near-death-experience. C'est certainement le cas dans les flashs mémoriels que nous avons tous connus lorsqu'un événement ou un détail ou une rencontre réveillent brutalement, mais précisément, des souvenirs très lointains et totalement disparus. De plus, depuis toujours, soit nativement, soit sous l'effet de drogues ou de transes particulières, certains individus particulièrement sensibles ont été capables, semble-t-il, de réactiver des événements passés en dehors de leurs propres anciens états de conscience et, ainsi, d'entrer en communication avec des passés qui ne sont pas les leurs. Est-ce là qu'il faut chercher la réponse aux interpellations des chamans, des spirites, des nécromanciens, des médiums, des voyants, etc. ? Peut-être".

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https://www.inrees.com/soutien/CHAMBON-Olivier/

(1)https://fr.quora.com/Pourquoi-ne-faut-il-pas-se-fier-aux-apparences

(2)http://www.yogaducoeur.com/index.php/les-fondements-du-yoga-du-coeur-une-theorie-simple/

(3)https://www.inrees.com/articles/synchronicites-bousculent-conception-reel-dean-radin/

(4)Le pouvoir de l'intention. W.W.Dyer

(5)https://fr.wikipedia.org/wiki/Contemplation

(6)Ethique à Nicomaque. Aristote

(7)https://www.fabricemidal.com/meditation-actu/comment-faire-pour-que-la-meditation-change-profondement-notre-vie/

(8)https://www.meditationfrance.com/archive/2013/1002.htm

(9)Par-delà le visible. C.Rovelli

(10)Ni hasard, ni nécessité. M.Halévy

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