GÉRER LA CRISE EN CINQ COLONNES
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Parce que cinq correspond au cinq entités fondamentales qui nous composent, la réponse à chaque événement mérite donc d'être examinée à travers ces cinq colonnes correspondant au corps physique, au corps énergétique, au corps émotionnel, au corps mental, au corps spirituel. On aurait pu tout aussi bien écrire : corps mental, corps physique, corps spirituel, corps énergétique, corps émotionnel, ou bien encore les présenter dans un ordre différent. Nous ne voulons pas rejouer à Monsieur Jourdain dans la scène 4 de l'acte II, mais souligner avec insistance qu'il n'est en aucun cas question d'introduire entre ces entités fondamentales une quelconque hiérarchie ni une quelconque progression. Nous nous appuierons sur la description des koshas, mais en considérant aussi que la philosophie indienne qui distingue "corps grossiers" et "corps subtils" peut introduire, à ce titre, le trouble dans la conceptualisation de ces cinq entités.
Naturellement "l'ensemble est plus grand que la somme des parties", au sens où ces cinq corps sont fondamentalement en interférence au sein d'un tout indivisible. Nous voulons rappeler la phrase d'E.Morin : "Plus les problèmes deviennent multidimensionnels et plus il y a incapacité à penser leur multi-dimensionnalité, plus progresse la crise, plus progresse l'incapacité à penser la crise"(1). "La vie, c’est comme la marche, une succession de déséquilibres qui nous font avancer"(2), cette phrase nous paraît bien résumer ce que nous entendons ici par "crise", parce qu'elle associe crise et déséquilibre.
Pour mieux prévenir et gérer la "crise", nous nous proposons de passer en revue les cinq entités composant la personne, en cinq colonnes, de façon évidemment non exhaustive, et inévitablement avec des interférences et des recoupements.
Le "corps physique" est celui qui nous est le plus évident. Pour le sens commun: "il faut du carburant pour faire marcher la machine". Ce carburant indispensable au fonctionnement harmonieux du corps nous le trouvons dans notre alimentation: "Nous estimons que les protéines peuvent contribuer pour 15 à 29% des calories avec au moins la moitié de protéines végétales. Les aliments glucidiques sont ceux qui contiennent des quantités importantes de sucres : pain, pâtes, pommes de terre, tubercules, fruits, miel, aliments sucrés. Les recommandations officielles privilégient la part des glucides puisque, selon les pays, ceux-ci doivent couvrir 50 à 60 % des besoins en énergie. Les lipides sont les graisses ajoutées et les aliments gras. Les lipides, dans les recommandations officielles française, sont proposés à hauteur de 35 à 40% des calories totales" (3).
Dans la Chine ancienne, les aliments étaient considérés comme des remèdes. La médecine chinoise met l'accent sur les apports en sels minéraux. "Les sels minéraux sont essentiels à l'organisme, notamment parce qu'ils : -contrôlent l'équilibre hydrique (pression osmotique); -règlent l'équilibre acide-base; -font partie de certaines structures (os, dents); -interviennent dans la structure des enzymes et des hormones; -catalysent de nombreuses réactions du métabolisme. Parmi ces minéraux, sept sont indispensables à l’organisme en quantité modérée (0.2 g à 10 g par jour), et une douzaine, appelés oligoéléments, en quantité infime"(4).
Nous nous attarderons sur l'équilibre du ph mesurant l'acidité ou l'alcalinité du corps humain: "Le corps, lui, s'efforce continuellement d'atteindre un pH équilibré. Lorsque le pH du corps est équilibré, la santé est maintenue dans l'ensemble du corps. Mais lorsque le pH est déséquilibré, votre milieu intérieur est sujet à la croissance de choses malsaines telles que champignons et levures, bactéries, virus et parasites, tout comme l'eau de la piscine, d'ailleurs… la plupart des gens dont le pH est déséquilibré sont acides. Cet état de chose force le corps à emprunter des minéraux aux organes vitaux et aux os pour dissoudre l'acidité et l'enlever du corps de façon sécuritaire. Ce processus peut affaiblir ces organes et les os avec le temps. Par conséquent, un taux d'acidité élevé peut avoir un effet négatif sur tous les systèmes et plus particulièrement les systèmes digestif, intestinal, circulatoire, respiratoire et immunitaire. Quoique peu commun, un taux d'alcalinité élevé cause le même genre de problèmes que l'acidité"(5).
La quantité de sommeil diminue de façon significative. Selon la Mutuelle Générale, "en 50 ans, le temps de sommeil a diminué d’une heure trente par jour. Inquiétant lorsque l’on sait que le manque de sommeil favorise de nombreuses pathologies, depuis le diabète et l’obésité, jusqu’aux maladies cardiovasculaires"(6). Nous citons la Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil : "Qu'entend-on par sommeil normal ? Est-il assez profond, trop léger, trop long, à quelle heure doit-il commencer? Voilà beaucoup de questions auxquelles on ne peut donner de réponse générale puisque chaque individu dort à son propre rythme. Il n'existe en réalité qu'une seule définition du sommeil normal : c'est quand, le matin, nous nous réveillons non seulement avec l'impression d'avoir bien dormi, mais aussi avec celle d'être reposé et en pleine forme. Ces impressions seront obtenues après des temps différents de sommeil selon les sujets. Nous sommes très inégaux devant le sommeil :la plupart d'entre nous ont besoin de 7 h 30 à 8 heures de sommeil, réparties par exemple sur 4 cycles de 2 heures ou 5 cycles de 1h30. Certains sujets, dits "petits dormeurs", auront besoin de moins de 6 heures par nuit (probablement 4 cycles de 1h30). D'autres, beaucoup plus rares, n'auront besoin que de 4 heures de sommeil pour être en forme. Ces petits dormeurs représentent environ 5% de la population.Par contre, les "gros dormeurs" auront besoin d'une durée moyenne de plus de 9 heures de sommeil par jour. Ils représentent environ 10 à 15 % de la population"(7).
Autre point important, la quantité de mouvement nécessaire à l'organisme. "Le mouvement et le sport contribuent au bien-être à différents niveaux. Il ne s'agit pas seulement de renforcement musculaire, d'amélioration de l'irrigation sanguine et d'apport en oxygène, l'âme aussi en tire bénéfice. Pour de nombreux employés de bureau, une séance d'entraînement sportif après le travail est la meilleure façon de décompresser et de se libérer l'esprit. Peu importe si vous n'avez pas d'abonnement à une salle de gym ou ne participer pas à un marathon, il suffit d'une promenade régulière pour améliorer votre santé. En sachant qu'au moins 10 000 pas sont nécessaires pour se maintenir en forme, et qu'il faut compter environ 20 000 pas pour commencer à améliorer la condition physique, cela devrait déjà être une première motivation pour améliorer notre santé"(8).
Le "corps d'énergie". Nous venons d'évoquer la quantité de mouvement. D'un point de vue énergétique l'activité sportive a de multiples retentissements sur le fonctionnement équilibré de l'organisme. "Sans parler des changements hormonaux associés au sport. L'activité sportive stimule la sécrétion d'endorphines, l'hormone du bonheur. Cela explique la sensation de plaisir se manifestant quand on court, nage ou fait du vélo. Le sport est donc également recommandé pour combattre la dépression. Le sport et les mouvements peuvent notamment également se combiner : vous ne devez pas pour autant le pratiquer en solitaire. Il est très plaisant d'organiser une rencontre avec d'autres personnes pour aller faire du jogging ou de la randonnée. Cela permet également ne pas écouter sa petite voix intérieure, se manifestant à la dernière minute et qui préférerait allumer la télé. En outre, le côté social est important pour éviter l'isolement et la solitude, pouvant conduire à une retraite intérieure et à la dépression"(8).
"Prānayāma est la discipline du souffle au travers de la connaissance et du contrôle du prāna, énergie vitale universelle", le corps d'énergie est l'occasion par excellence d'évoquer le prāna. Cesser de s'alimenter pendant quelques jours, c'est possible. Cesser de respirer au-delà de trois minutes pose de sérieux problèmes à la plupart des gens. La respiration est un phénomène vital essentiel pourtant c'est un exercice la plupart du temps effectué à l'économie et en mode végétatif. Sur une capacité vitale d'environ 3.5 litres, le volume d'air courant est de 0.5 litre ! A propos des bienfaits de la respiration, nous citons B. Fieller : "Selon la définition du dictionnaire, respirer correspond à absorber et à rejeter l’air destiné à entretenir la vie. C’est sans doute le concept le plus trivial, à la fois physique, mental et spirituel : si vous cessez de respirer pendant plus de cinq minutes, vous êtes mort. Et pour vous respirer c’est quoi ? Faîtes un petit micro trottoir et demandez à vos proches quelle est leur définition de respirer, vous obtiendrez à coup sûr de l’étonnement, car respirer, c’est naturel, banal, on n’y pense pas alors pourquoi l’étudier ? A quoi bon en parler? Pour ceux qui connaissent la sérénité, pour les sportifs avertis, ainsi que pour les professionnels de la gestion du stress, respirer prend une toute autre dimension : Respirer c’est la fonction vitale par excellence. Les Grecs considéraient la respiration comme le médiateur de l'âme au corps, ils nommaient la technique spirituelle supérieure de l’Inde, non pas yoga, mais “sagesse du souffle”. Pour les mystiques indiens ou les lettrés chinois c’est chose connue depuis cinq mille ans : avec la lumière et la nourriture, l’air est une source essentielle d’énergie. Il est donc possible d’augmenter considérablement notre énergie si nous respirons correctement. Une bonne respiration, c’est la vie, plus encore elle lui confère une qualité supérieure"(9).
Sur ce sujet de l'énergie corporelle nous rapporterons à la suite deux textes contradictoires. Le premier issu du site Charlatans.info nous convie à témoigner là-dessus d'un scepticisme critique : "De tous les termes scientifiques ayant pu être usurpés et galvaudés par les pseudo-scientifiques, le terme d'"énergie" est certainement le plus célèbre… La version chinoise du "chi" ou "qi", est probablement la plus connue. Elle a d'ailleurs toujours ses millions de fidèles adeptes. La médecine traditionnelle chinoise, vieille d'au moins 5000 ans, est une vaste collection de "sagesse populaire" reposant sur des pensées mystiques dans lesquelles le "chi" est un des concepts centraux. Ses praticiens prétendent que "l'énergie vitale" coule à travers notre corps dans des voies, ou canaux, appelés "méridiens". Ces méridiens sont reliés à tous les organes majeurs du corps. Une inextricable partie de la croyance dans le "chi" vient d'un concept d'"harmonie" ou d'"équilibre" voire de "synchronisation". Tous les problèmes de la vie et de la santé seraient directement imputables à un déséquilibre ou à une interruption des flux d'énergie donnant la vie. Dès que l'harmonie ou l'équilibre sont retrouvés, la santé revient… Le métabolisme est la somme totale de toutes les réactions chimiques à l'intérieur de l'organisme. Cela consiste en des réactions anaboliques dans lesquelles des molécules complexes sont synthétisées, et un nouveau protoplasme cellulaire créé. Cela consiste aussi en des réactions cataboliques pendant lesquelles des molécules sont brisées et de l'énergie libérée. C'est ici que la molécule ATP (Adénosine TriPhosphate) règne en maître. Véritable "monnaie énergétique de la cellule", ce composé assure la fourniture, ou la mise en réserve, d'énergie dans la plupart des réactions biochimiques. Son rôle dans le transport de radicaux phosphoriques est d'autre part essentiel. L'ATP est constituée d'adénine unie par une liaison N-osidique à une molécule de ribose, elle-même phosphorylée sur son carbone-5; la molécule comporte trois radicaux phosphoriques unis entre eux par des liaisons anhydride d'acide. Seules les deux dernières liaisons constituent ce que Lipmann a désigné sous le terme de "liaison riche en énergie", c'est-à-dire comportant une énergie potentielle chimique facile à libérer ou à transférer. L'hydrolyse de chaque liaison riche libère une énergie comprise entre 4 000 et 16 000 calories. L'ATP peut se décomposer en libérant un radical phosphorique et l'acide Adénosine DiPhosphorique (ADP) ou en libérant un radical pyrophosphorique et l'acide Adénosine MonoPhosphate (AMP). C'est donc cette énergie chimique emmagasinée que le corps utilise pour tous les processus significatifs associés à la matière vivante et c'est notre seule et véritable "énergie vitale"… Aucune expérience, aucune observation ou hypothèse viables ne nécessitent un changement fondamental de conception tel que le "chi" ou les champs magnétiques l'exigent. Aucun partisan, adepte ni défenseur de l'acupuncture, de la chiropraxie, du toucher thérapeutique, ou d'autre patamédecine, n'ont à ce jour produit d'expérience en double aveugle rigoureusement contrôlée et reproductible scientifiquement, ayant apporté une quelconque preuve de l'existence de cette énergie dont ils clament les vertus"(10). Le second texte rédigé par E.Laszlo et J.Currivan nous conduit à jeter un regard différent : "Plusieurs traditions ont compris que la conscience se manifestait à travers divers niveaux de fréquence énergétique. Les techniques de guérison orientales poursuivent cette tradition holistique, traitant la maladie comme un blocage ou un déséquilibre du flux de l’énergie vitale. Presque toutes les approches non occidentales de la médecine parlent d’une force vitale: le prana de la tradition indienne, le chi de la tradition chinoise. On dit que cette force vivifie une entité biologique à la naissance et se retire à sa mort… Dès les années cinquante, le médecin allemand Reinhold Voll a entrepris de tester électroniquement l’acupuncture. Démontrant qu’il existait à quelques millimètres des points d’acupuncture une diminution significative de la résistance électrique de la peau comparativement aux points de non-acupuncture, il a aussi prouvé qu’il existait des différences mesurables des niveaux de résistance à ces points entre des corps en santé et des corps malades. Dans une étude de 1992 impliquant 300 volontaires, les docteurs Jean-Claude Darras et Pierre de Verne joul ont injecté des traceurs radioactifs dans des points d’acupuncture. Non seulement ceux-ci ont-ils pu faire leur chemin dans le corps, mais ils ont suivi les méridiens traditionnels de la médecine chinoise, tandis que les traceurs injectés aux points de non-acupuncture se sont simplement dispersés. On découvrit également que le taux de diffusion à travers le système de méridiens énergétiques était en accord avec l’ancienne conception selon laquelle le flux énergétique d’un corps en santé correspond à ses biorythmes quotidiens ou circadiens… La recherche donne à penser que le biochamp, le canevas énergétique informationnel causatif de l’organisme, trouve sa forme physique par l’intermédiaire de champs électromagnétiques cohérents. Le biochimiste Albert Szent-Gyorgyi a fait remarquer, au cours des années soixante, que la structure moléculaire de plusieurs parties de la cellule était assez ordonnée pour soutenir la semiconduction de l’électricité. Au cours des années quatre-vingts, le physicien Cyril Smith et le chercheur Simon Best ont comparé l’éventail ordonné des cellules biologiques à une fonction Shah. Il s’agit d’une version spécifique de la transformation de Fourier, la méthode mathématique pour transformer les phénomènes en leur forme d’onde fondamentale et inversement. On sait que tous les nerfs du corps humain sont polarisés énergétiquement et uniformément; ils sont positifs à l’extrémité d’input (ou dendrite) et négatifs à la fibre d’output (ou axone). Cela permet aux impulsions électriques de se déplacer dans un seul sens et confère ainsi une cohérence électromagnétique globale à notre système nerveux. C’est le pionnier médical Louis Pasteur qui a découvert, au dix-neuvième siècle, que c’est la polarisation des champs électriques du corps qui différencie la matière vivante de la matière morte, même si leur composition chimique respective est la même… Le champ électrique alternant est bien connu. Il imprègne notre système nerveux, causant la transmission des impulsions nerveuses, glandulaires et autres. En fonctionnant au moyen du processus numérique de signalisation «activé / désactivé», il provoque de multiples processus physiques, des contractions musculaires aux battements cardiaques et aux sécrétions glandulaires, ainsi que plusieurs de nos impressions sensorielles. L’autre est un champ électromagnétique direct de faible intensité qui semble diffusé constamment à un niveau cellulaire que Hunt et d’autres chercheurs voient comme la composante électromagnétique du canevas du champ de notre forme corporelle, associée au champ régénérateur de Becker… Le biophysicien Fritz-Albert Popp est un autre chercheur de pointe dans le domaine du biochamp humain. Avec ses collègues de l’Institut international de biophysique, il étudie depuis plusieurs années un autre aspect du biochamp, celui de l’émission de lumière, les «biophotons». (Ces émissions sont une luminescence cohérente de faible intensité dans le spectre allant de la lumière visible à la lumière ultraviolette, une aura dont la fonction semble être la régulation des processus énergétiques et de la communication à la fois avec les cellules et entre elles).Travaillant en collaboration avec Popp, le physicien russe Konstantin Korotkov a développé un moyen d’augmenter le niveau des émissions biophotoniques afin de mesurer l’aura humaine. Il a introduit la technique de visualisation de décharge gazeuse (VDG) tout d’abord comme outil diagnostique, puisque le niveau d’émission varie chez les organismes selon qu’ils sont malades ou en santé"(11).
Le "corps émotionnel". Nous citerons à l'appui de notre propos un long extrait emprunté à S. Michel et P. Van Eersel, traitant de la complicité entre le corps et l'esprit: "Quelle est cette force psychique qui a soudain mobilisé toutes les forces de Caroline ? L’amour, ou plus exactement le désir –et son exemple semble donner raison à Freud, pour qui ce désir est avant tout sexuel. Mais qu’en est-il pour le voyageur qui, à moitié endormi par un long trajet, se réveille pour courir vers la file de taxis à la sortie du train ? Eric Albert, psychiatre et fondateur de l’Institut français d’action sur le stress, ne conteste pas l’importance de la sexualité dans notre énergie de vie, mais ajoute : «le désir sexuel ne reflète pas le vaste champ des émotions que nous vivons, de la culpabilité à l’envie, en passant par l’anxiété, l’impatience, la surprise, la colère ou la joie. Selon l’approche cognitiviste, ces émotions sont bien plus essentielles, elles déterminent nos comportements, nos attitudes»… et notre tonus. Conciliant, il ajoute : «Pour moi, les deux visions se complètent : Freud donne à l’énergie une source presque physiologique. J’ajoute une source émotionnelle plus proche du vécu». Ajout légitime. Si l’on ne sait pas mesurer la "consommation en carburant" d’une émotion spécifique, on sait aujourd’hui, mieux qu’à l’époque de Freud, comment et à quel point l’émotionnel agit sur notre corps. «Physiologiquement, explique Eric Albert, les émotions produisent et diffusent dans l’organisme –via le système thyroïdien, les glandes surrénales, l’hypophyse et les gonades– des neurotransmetteurs et des hormones qui interviennent soit sur un organe, soit sur l’ensemble du métabolisme»"(12). D.Goleman souligne aussi le lien entre le corps et l'émotion : "Les preuves les plus convaincantes de l’existence d’une voie physique directe permettant aux émotions d’exercer une influence directe sur le système immunitaire a été fournie par D.Felten, un collègue d’Adler. Celui-ci a commencé par remarquer que les émotions ont un effet important sur le système nerveux végétatif, qui régit toutes les fonctions organiques inconscientes –sécrétion d’insuline, tension artérielle, etc. Felten a ensuite découvert un point de rencontre où le système nerveux végétatif communique directement avec les lymphocytes et les macrophages, les cellules du système immunitaire"(13).
Cette troisième colonne concerne les émotions, celles que nous subissons et, ajoutons-nous, celles que nous cherchons à faire naître. E.Pascal déclare : "Pouvait-on modifier les émotions de manière à adopter un comportement sain ? J’ai cherché et ce que j’ai trouvé m’a tellement passionné que c’est devenu mon sujet d’étude et ma pratique principale. Les émotions ont une portée immense ! Elles sont essentielles à la vie. Elles déterminent non seulement notre comportement mais aussi notre santé mentale et physique… On sait aujourd’hui que lorsque l’on inocule le virus du rhume à quelqu’un, c’est son niveau de stress qui va déterminer la probabilité qu’il développe effectivement un rhume. Des études équivalentes dans tous les domaines de la santé s’accumulent… Les émotions que l’on appelle négatives nous poussent à nous détourner des situations qui nous sont défavorables. Elles nous permettent une action immédiate qui préserve notre intégrité physique ou psychologique. Le problème survient quand une émotion s’installe en décalage avec la réalité du moment… A chaque fois que vous ressentez une émotion ou un sentiment, votre cerveau envoie un cocktail chimico-hormonal au cœur et au reste du corps afin qu’ils se comportent en conséquence. Dans le positif, cela donne ceci : Vous êtes touché par un film sur Mère Teresa. Un sentiment de compassion vous gagne. Votre physiologie toute entière témoigne d’un état de relaxation et votre système immunitaire se renforce, ce que l’on peut vérifier par votre taux de lymphocytes T. Vous rencontrez une personne que vous appréciez. Vous vous sentez soudain joyeux. Tous vos paramètres physiologiques s’améliorent : votre taux d’hormone du stress diminue, votre DHEA augmente, votre tension artérielle baisse, etc. Tout ceci passe par le système nerveux autonome qui envoie en permanence au cœur des messages d’alerte ou de repos par le biais de la branche sympathique (l’accélérateur) et de la branche para-sympathique (le frein). Plus souvent vous ressentez des émotions et des sentiments comme la joie, la gratitude, la confiance, le courage, la tendresse, l’émerveillement, le respect, la gaieté, l’amour, etc., plus souvent vous envoyez des messages de bien-être et de santé à votre corps. Une bonne santé mentale et physique à long terme est en grande partie le fruit d’un cumul d’émotions heureuses… A chaque fois que vous suscitez une émotion par une pensée, vous permettez à votre cerveau d’y revenir plus facilement dès que l’occasion se présentera. C’est un peu comme un nouveau chemin que l’on emprunterait chaque matin pour se rendre au travail. Au début, on le fait parce qu’on y pense et puis au bout de quelques jours, l’itinéraire est inscrit dans le cerveau. L’emprunter devient un réflexe. Avec les émotions qui guérissent, c’est pareil. Si vous vous employez méthodiquement à les développer en pensant à des choses qui vous ouvrent le cœur, et bien, quel que soit votre point de départ, elles deviendront progressivement des traits de plus en plus dominants de votre personnalité. Le cerveau aura tout simplement affecté un plus grands nombre de neurones aux circuits cérébraux responsables des belles émotions !"(14).
Nous voulons aussi insister dans cette colonne sur l'importance fondamentale de l'attachement et des fonctions associées d'empathie et de coopération. K. E. Grossmann et K. Grossinann écrivent à ce sujet : "La théorie de l'attachement s'appuie sur des méthodes et des constats issus de l'éthologie, de la théorie du contrôle des systèmes, de la psychopathologie développementale, de la psychologie du développement et de l'épidémiologie (Bowlby, 1969). Selon la théorie de l'attachement, «la vulnérabilité d'une personne face aux stress est fortement influencée par le développement et l'état actuel de ses relations» (Bowlby, 1988 a, p. 1). En termes éthologiques, la théorie de l'attachement s'intéresse aux capacités adaptatives de l'individu et à ses ressources. Au cours de la vie, les défis adaptatifs imposent à l'organisation psychologique de l'individu de s'accommoder à des scénarios inconnus. Les individus, dans les cultures modernes, sont sollicités à l'exploration de la réalité et à la recherche de solutions adaptatives"(15).
Le "corps mental". Difficile de parler du corps mental sans rappeler les traditions orientales qui enseignent que le mental est un cheval fou. J.Bel Legroux nous propose des techniques simples pour maîtriser le bruit mental : " -Devenir observateur de ses pensées et du «bruit intérieur»; -Créer un espace de silence mental; -Choisir le maintien de cet espace mental ou sélectionner les pensées adéquates"(16). On peut évoquer au titre des remèdes au bruit mental les activités de méditation, notamment les techniques de méditations dites de "pleine conscience".
Néanmoins, il faut sans doute se garder de faire un mauvais procès au corps mental, avoir un projet en tête et le réaliser est une source de satisfaction importante, et induit un cheminement éminemment structurant pour la personne. Nous trouvons par ailleurs dans les lignes suivantes une approche positive du mental qui, dans l'analyse de la situation, trouve un mode de fonctionnement contrant un état émotionnel devenu trop envahissant pour permettre un recul salutaire face à l'événement : "La partie de son cerveau occupée à ordonner ses phrases prenait le dessus sur la partie blessée sur laquelle sinon il avait peu de maîtrise. En recourant à cette instance intérieure plus analytique il recouvrait un pouvoir sur lui-même et éprouvait la faculté d’établir à nouveau des liens plus sereins entre lui et le monde"(17). L'emballement sous le coup de l'émotion est bien décrit par M. Desseilles et M. Mikolajczak qui citent l’exemple du test proposé par Leda Cosmides et John Tooby : "«Imaginons que vous dormiez seul(e) chez vous, et que vous perceviez soudain des indices suggérant la présence possible d’un voleur. L’émotion qui s’ensuit est la peur… Cette peur va initier et orchestrer l’ensemble des modifications suivantes». Il s’ensuit un catalogue de modifications affectant le fonctionnement de la conscience : un changement dans le seuil de perception avec une augmentation de l’attention visuelle et auditive, une orientation exclusive de l’attention vers les stimuli perçus, une modification des priorités centrées sur la situation en cours, un rappel des souvenirs potentiellement utiles liés à des situations semblables connues ou vécues, un changement dans la catégorisation des choses et l’activation d’apprentissages spéciaux destinés à pallier cette situation dangereuse, des changements physiologiques"(18).
Est-ce le vagabondage mental qui guida H.Poincaré dans le cours de ses travaux de recherche ? Nous citons quelques lignes de G.Guitel : "Durant une nuit d’insomnie, il édifie une première classe de fonctions qu’il baptise du nom de fuchsiennes en souvenir du mathématicien allemand Fuchs. Participant ensuite à une excursion géologique aux environs de Caen, Poincaré, en montant dans l’omnibus de l’excursion, a brusquement l’idée que les transformations qu’il avait utilisées pour définir les fonctions fuchsiennes étaient identiques à celles de la géométrie non-euclidienne... Poincaré abandonne cette étude et prend quelques jours de repos au bord de la mer. En se promenant, il a brusquement l’idée que certaines transformations d’arithmétique qu’il venait d’étudier étaient identiques à celles de la géométrie non-euclidienne. Ces deux illuminations montrèrent à Poincaré qu’il existait, d’autres groupes fuchsiens que ceux qu’il avait découverts dans cette nuit d’insomnie… Poincaré conclut : «Ce qui frappe tout d’abord, ce sont ces apparences d’illumination subite, signes manifestes d’un long travail inconscient»"(19).
Y-A. Thalmann nous invite à considérer d'un autre point de vue l'activité du mental: "Que certaines de nos pensées automatiques soient anxiogènes –les soucis, les préoccupations excessives, les obsessions– ne fait aucun doute ! Mais que toutes nos pensées automatiques soient considérées comme des herbes folles à domestiquer et à policer est un pas supplémentaire qu'il est préférable de ne pas franchir quand on s'intéresse au bonheur. Car de nombreuses idées qui nous traversent l'esprit contribuent à l'enrichir et à nous faire passer de bons moments. Rêvasser, se laisser guider par son imagination, se plonger dans de bons souvenirs, se réjouir de plaisirs à venir, autant d'états qui peuvent être associés à de la satisfaction tout en nous déconnectant totalement de l'ici-maintenant. Le mental, même dissocié de l'activité présente, même désordonné et anarchique, peut être source de bonheur. Et qui plus est une source importante de bonheur ! Pour preuve, essayez de répondre à la question suivante : quand éprouvez-vous du plaisir ou de la satisfaction avec une personne, une situation ou un objet?... Cette prise de conscience jette un éclairage original sur le bonheur : plutôt que d'insister sur la pleine conscience du moment présent, elle nous invite à observer d'un peu plus près les pensées qui nous animent. Elle pose les jalons d'une voie supplémentaire de bien-être : celle des pensées et notamment des souvenirs. Pourquoi en effet ne pas se remémorer à loisir les moments heureux de notre existence pour en revivre le bonheur associé ?"(20).
Le "corps spirituel". Encore faut-il différencier le spirituel et le religieux. A.Boudet écrit: "La spiritualité n’est pas un système religieux. Elle est une fonction naturelle vivante de l’être humain. Elle est indépendante de toute croyance, religion ou dogme. Elle consiste à reconnaître l’existence de notre Moi véritable, de notre essence, et à apprendre à nous laisser guider par elle. C’est donc la découverte d’une autre dimension de nous-mêmes, une partie lumineuse, puissante et grandiose, qui ne demande qu’à être développée par l’expérience. Lorsque nous sommes en connexion avec elle, elle transforme notre état intérieur qui se caractérise alors par la joie et la liberté. Elle transforme aussi nos sensations corporelles, car elle agit comme une Source d’énergie et élève notre état vibratoire"(21).
Selon F.Renault la spiritualité est une réponse à l'exacerbation de l'ego et au sentiment d'isolement qui en résulte : "La spiritualité est une réponse naturelle à cette société qui valorise l’ego et entretient la concurrence et les rivalités entre tous. Notre style de vie nous impose des possessions allant largement au-delà de nos besoins réels. Cela crée davantage de dépendance et d’insécurité, alors même que l’on cherche à se rassurer en possédant toujours plus… Le questionnement naissant sur sa condition personnelle est alors la porte qui ouvre vers une vie plus spirituelle que matérielle… On a besoin de trouver notre place aux cotés des autres, dans notre environnement et l’univers dans son entier… La spiritualité ne permet pas la dualité ou la séparation, elle rapproche les gens et unifie toutes choses"(22).
La spiritualité peut être ce recours à une instance qui dépasse l'ego lorsque toutes les solutions ont été épuisées : "Balloté par ce flux puissant, tel un fétu de vie, malgré lui Jack lâchait prise peu à peu, il se fondait dans un Immense qui dépassait de très loin sa propre personne et auquel il se résolvait à s'abandonner. Cet abandon à ce qui s'apparentait à une dimension collective le soulageait d'un insurmontable fardeau puisqu'il ne se sentait plus tout seul face à l'adversité. Il n'échappa pas non plus à Jack qu'il y avait aussi dans cet Immense un caractère de transcendance qui venait lui apporter une forme de consolation et l'invitait à se fondre dans un ultime recours à l'intention d'une entité mystérieuse dans la toute-puissance de laquelle il pouvait espérer trouver refuge"(23).
Pour M.Bellet, la spiritualité serait de l'ordre de la faim : "Il s’agit donc de la dimension spirituelle de la vie humaine. La première chose que je dirai, c’est que cette dimension n’est pas un luxe. Je l’entends comme quelque chose qui est de la plus haute nécessité. Peut-être le mot spirituel ne convient-il pas parfaitement, parce qu’il est compromis, comme tant d’autres mots de nos langages. Ici, en ce moment, le mot religieux serait, quant à lui, un désastre -je dirai pourquoi tout à l’heure. Il faut donc que j’essaie de vous donner à entendre, si je le puis, ce qui est en cause pour moi. C’est vraiment quelque chose de l’ordre de la faim. Pour le corps, la faim est impérieuse : il faut manger ou mourir. Mais en ce qui concerne notre esprit, puisque nous parlons du spirituel, existe aussi une faim. La faim que nous soit donné ce-sans-quoi nous risquerions d’être pris dans le désastre qui peut survenir en toute vie humaine : la destruction, l’effondrement, l’angoisse pure. Ou, si vous préférez une version plus positive, le ce-par-quoi nous pouvons humainement vivre. Ce qui nous donne de tenir debout, ce qui nous permet de traverser notre vie sans les formes sinistres que je viens d’évoquer, l’immense découragement, la dépression, la solitude… C’est quelque chose que nous devons manger, c’est-à-dire recevoir en nous, à l’intérieur de nous. Oh bien sûr, les rencontres, la vie sociale ont une importance considérable"(24). Pour A. Comte-Sponville, la spiritualité est une forme de réponse aux questions insolubles que se posent les humains : "Nous sommes voués, parce que nous sommes humains, à prendre position sur de nombreuses questions, tantôt morales, tantôt métaphysiques, tantôt spirituelles qui ne sont solubles dans aucun savoir et auxquelles aucune science ne répond et ne répondra jamais. Schopenhauer disait que l’homme est un animal métaphysique; il avait raison. L’homme est une espèce animale qui se pose des questions auxquelles aucun savoir ne répondra jamais"(24).
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(1)Le besoin d’une pensée complexe. 1996. E.Morin
(13)L’intelligence émotionnelle. D.Goleman
(17)Des nouvelles de Jack. J-P.Joguet-Laurent
(18)Vivre mieux avec ses émotions. M. Desseilles et M. Mikolajczak
(19)Jacques Hadamard, Essai sur la Psychologie de l’invention dans le
domaine mathématique. G.Guitel
(20)On a toujours une seconde chance d'être heureux.Y-A. Thalmann
(23)Des nouvelles de Jack. J-P.Joguet-Laurent
(24)La dimension spirituelle de l’Homme. A. Comte-Sponville et M.Bellet
