BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

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En matière de photographie, le bruit est une perturbation du signal que l'on ne perçoit pas, ou plus, avec netteté. Pour décrire plus précisément ce phénomène, nous nous référerons à des données techniques : "Au temps de l’argentique, le bruit s’appelait «grain» car il faisait référence aux grains d’argent de la pellicule noir et blanc où la taille de ces sels conditionnait la quantité de lumière à laquelle ils étaient sensibles. Plus les cristaux étaient gros, plus le film était sensible mais moins il était détaillé. Inversement, les films très détaillés étaient constitués de petits cristaux et donc, peu sensibles. A l’ère du numérique, tous les pixels d’un même capteur ont la même taille (à quelques exceptions près), ce n’est donc pas leurs dimensions qui causent cette perte de détails dans l’image. Le principal fautif est en fait l’énergie qui circule dans les circuits électroniques. A la valeur la plus basse de l'échelle des ISO, qu’on appelle aussi sensibilité nominale du capteur, le courant électrique est faible et ne gêne en rien la captation de l’image. Mais plus la lumière se fait rare, plus l’intensité du signal reçu par le capteur est faible : il est donc difficile pour ce dernier de percevoir l'image. Les photosites, appelés improprement pixels, capturent l’information lumineuse et traduisent cette dernière en un signal électrique. Or, pour distinguer correctement l’image en basses lumières, l’appareil photo doit amplifier le signal reçu par le capteur en augmentant la sensibilité ISO, augmentation qui se traduit par celle de l'intensité électrique envoyée au capteur. C’est cette intensité qui finit par causer des interférences avec l’information électrique envoyée au capteur. Ces interférences prennent la forme du fameux «bruit numérique»"(1).

Nous connaissons bien le bruit, pour en éprouver souvent le désagrément, ou lorsque nous nous interrogeons sur la provenance d'un signal sonore plus ou moins défini. Mais quelle différence faut-il plus précisément faire entre le bruit et le son ? "Dans le langage usuel, ces deux termes sont souvent utilisés l'un pour l'autre. En général, on qualifie de bruits les vibrations sonores complexes qui ne sont ni de la musique, ni de la parole, ni des cris d'animaux. Mais on parle de bruit de fond pour qualifier les sons de l'environnement, comme une conversation ou une musique en sourdine. On donne aussi au bruit une connotation de gêne qui peut-être très subjective : la pluie qui tombe sur la baie vitrée est une mélodie pour certains, un bruit désagréable pour d'autres! Enfin le bruit est souvent associé au caractère nocif des sons trop intenses : les sons musicaux deviennent bruits à forte intensité"(2).

C.Petitcollin traite d'une autre forme de bruit, celui dont nous pouvons souffrir face à ceux qu'elle définit comme des "manipulateurs" : "Cela fait maintenant vingt-quatre ans que je suis aux côtés des victimes de manipulateurs et que j'étudie les façons de faire des uns et les réactions des autres, les mécanismes qui relient la proie à son prédateur, et, surtout, que je cherche les éléments qui permettront aux victimes de se libérer de l'emprise de leur manipulateur. Tout au long de ces années de pratique, j'ai pu décrypter, la personnalité des manipulateurs, puis celle de leurs victimes, et enfin étudier les composantes du lien étrange qui les relie… Je suis arrivée à la conclusion surprenante que plus on est intelligent, plus on est manipulable. Le paradoxe n'est qu'apparent : une personne intelligente cherche à comprendre, essaie d'intégrer le point de vue de l'autre, veut trouver un terrain d'entente et refuse de se décourager. Pire, une personne intelligente est naïvement persuadée que le dialogue règle forcément tous les malentendus. Or un manipulateur ment, nie la réalité et crée délibérément les conflits dont il se nourrit. On ne peut pas discuter avec quelqu'un de mauvaise foi"(3). Le bruit est cette fois introduit de façon volontaire avec l'intention délibérée de perturber l'information.

Le bruit mental, intérieur celui-là, constitue un obstacle à l'écoute. Ainsi en est-il du bruit de nos pensées lorsqu'il vient subrepticement nous distraire de la conversation en cours. C'est ce bruit que nous générons involontairement lorsque nous anticipons les réponses aux questions, ou encore quand nous interprétons de façon préconçue, guidés par nos préjugés –ceux que peuvent constituer nos propres références– les propos que nous entendons. Cette forme de bruit est involontaire dans la mesure où celui-ci ne repose sur aucune intention avérée de nuire à l'échange. Le seul débit de la parole peut déjà générer un obstacle technique à notre capacité d'écoute. On estime que le taux de parole normale avoisine 135 mots par minute. Au-delà d'un seuil de 275 mots par minute l'intelligibilité du message, et donc sa compréhension, se détériore. Mais notre capacité d'écoute est bien supérieure à cette cadence, ce qui laisse tout le temps au bruit mental pour se manifester et venir perturber à sa façon le discours entendu.

Avec R.Targ, nous nous intéresserons à un autre type de bruit mental, celui qui perturbe le fonctionnement de la conscience nue : "Selon l'enseignement de Padmasambhava, dès lors que l'on cesse de voir le monde à travers le prisme de notre conditionnement s'offre à nous la possibilité d'être libéré et de faire l'expérience de l'immensité… Dans son merveilleux livre Self-Liberation through Seeing with Naked Awareness («L'Autolibération en voyant avec une conscience nue»), il enseigne que nous avons tendance à voir le monde à travers toutes les souffrances que nous avons vécues, les trahisons dont nous avons été victimes, les instructions sociales qui nous conditionnent mais surtout à travers notre ego. Il écrit que lorsque l'on finit par renoncer à cette conscience conditionnée en faveur d'un travail de méditation avec une conscience nue (dégagée des notions de jugement, de peur et de ressentiment), cela signifie que nous nous trouvons sur le chemin de la libération et d'une existence affranchie du temps. Son enseignement traite de la non-dualité, une vision du monde qui ne se fonde pas sur des jugements et qui est non conceptuelle. Si nous renonçons à nommer et à vouloir interpréter, nous voyons les choses comme elles sont réellement… C'est la voie de la véritable liberté, de l'infini et de la fin des souffrances"(4).

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(1)http://www.01net.com/astuces/quest-ce-que-le-bruit-numerique-632881.html

(2)http://www.cochlea.org/entendre

(3)Je pense trop : Comment canaliser ce mental envahissant. C.Petitcollin

(4)Perceptions extrasensorielles. R.Targ

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