LES MOTS... DU VENT ?
Si l'on en croit le livre de la Genèse, loin de n'être que du vent les mots généreraient un pouvoir susceptible de rivaliser avec le pouvoir divin : "Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres. Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la face de la terre"(1).
A.Korzybski traite des processus de construction des concepts : "Une prise de conscience des processus d'abstraction clarifie la structure d'un grand nombre de nos difficultés interpersonnelles, professionnelles etc., difficultés qui peuvent se changer en bagatelles ou même ne plus exister, si nous devenons conscients des identifications en jeu. Des problèmes qui se sont créés d'eux-mêmes se révèlent souvent par la suite ne pas en être du tout". "Est-ce que toute pensée est verbale?", poursuit A.Korzybski, "certains disent «oui», d'autres disent «non». Si toutefois nous nous limitons à une «pensée» verbale, nous retombons dans nos vieilles ornières linguistiques des générations d'autrefois lesquelles ont été socio-culturellement stylées et neurologiquement canalisées dans les formes de représentation héritées du passé. Dans de telles conditions, nous sommes incapables ou inadaptés pour voir le monde intérieur ou extérieur d'un œil neuf, et, par ce fait, nous affligeons d'un handicap les activités scientifiques et les autres activités créatrices"(2). A la lumière d'un article de G. Guitel à propos de l'Essai sur la Psychologie de l'invention dans le domaine mathématique, nous nous intéresserons au fonctionnement de la genèse de la création des concepts exposé par H.Poincaré : "Ce qui a frappé tous les commentateurs dans le récit de Poincaré, c'est le caractère fulgurant de la découverte. Après avoir essayé, pendant quinze jours, de prouver qu'il était impossible que certaines fonctions puissent exister, Poincaré reconnaissait que cette première idée était fausse. Durant une nuit d'insomnie, il édifie une première classe de fonctions qu'il baptise du nom de fuchsiennes en souvenir du mathématicien allemand Fuchs. Participant ensuite à une excursion géologique aux environs de Caen, Poincaré, en montant dans l'omnibus de l'excursion, a brusquement l'idée que les transformations qu'il avait utilisées pour définir les fonctions fuchsiennes étaient identiques à celles de la géométrie non-euclidienne. De retour à Caen, après avoir vérifié à tête reposée le résultat trouvé, Poincaré se met «à étudier des questions d'arithmétique sans grand résultat et sans soupçonner que ces questions puissent avoir le moindre rapport avec ses recherches antérieures». Découragé par cet insuccès, Poincaré abandonne cette étude et prend quelques jours de repos au bord de la mer. En se promenant, il a brusquement l'idée que certaines transformations d'arithmétique qu'il venait d'étudier étaient identiques à celles de la géométrie non-euclidienne. Ces deux illuminations montrèrent à Poincaré qu'il existait, d'autres groupes fuchsiens que ceux qu'il avait découverts dans cette nuit d'insomnie. Il importait donc d'étudier les cas les plus généraux. Après une période de dur travail, progressant lentement, une fois de plus, la solution lui apparaît de manière aussi inattendue que dans les deux autres cas. Poincaré conclut : «Ce qui frappe tout d'abord, ce sont ces apparences d'illumination subite, signes manifestes d'un long travail inconscient»… L'étude du fonctionnement cérébral a fait récemment de si grands progrès qu'on peut espérer que les neurologues nous feront bientôt comprendre ce genre de révélations fulgurantes ; mais dès maintenant, on peut expliquer certaines choses relativement au rythme de la découverte qui fait succéder au travail intensif, en apparence stérile, l'illumination qui étonne même celui qui en est l'objet"(3).
Cet article de Flavia Mazelin Salvi éclairera les propos de H.Poincaré sur le fonctionnement à la fois intuitif et à la fois rationnel du cerveau et nous renverra à la question de A.Korzybski : "toute pensée est-elle verbale?". Elle cite R.Jouvent : "La capacité intuitive consiste à percevoir des éléments contextuels et à les agencer de manière adaptative pour trouver une solution nouvelle dans un programme préétabli ou dans une situation répétitive… Nous avons une partie du cerveau rationnelle qui gère nos apprentissages et une autre plus émotionnelle, relationnelle et adaptative, qui est capable de sortir des contraintes logiques répétitives. L’intuition aurait à voir avec cette capacité à imaginer des réponses et des solutions hors logique prédictible». En clair, perdu en voiture dans une ville, nous pouvons soit demander notre chemin, soit suivre notre feeling, c’est-à- dire nos «sensations - impressions», qui forment une sorte de certitude flottante… Pour autant ce conglomérat intuitif n’est pas dépourvu de rationalité". Cette analyse entre en résonance avec ce que constate le psychanalyste Moussa Nabati : «Si l’on cesse d’être branché sur soi, si l’on entre véritablement en empathie avec l’autre, alors on peut sentir, pressentir des choses, des événements qui ne sont pas la projection de nos peurs, désirs ou angoisses»(4). Bien sûr, nous rapprocherons ces propos de ceux de A.Korzybski qui nous invite à "sortir de nos vieilles ornières linguistiques"… car, "dans de telles conditions, nous sommes incapables ou inadaptés pour voir le monde intérieur ou extérieur d'un œil neuf, et, par ce fait, nous affligeons d'un handicap les activités scientifiques et les autres activités créatrices".
Avec J.Lefebvre nous analyserons le développement du processus de création des concepts. Il distingue quatre étapes chez J.Hadamard et H.Poincaré : "-La préparation ou le travail inconscient initial, l'esprit s'attaque au problème avec les moyens standard d'abord, y fait des avancées, modifie au besoin l'angle d'approche et la stratégie si la victoire désirée n'arrive pas assez vite ou assez complètement. Il entrevoit d'autres pistes ou moyens. Il s'agit là d'un travail conscient, de durée variable, où progrès, embarras, et reprises s'entresuivent ou s'entremêlent ; -L'incubation ou le rôle de l'inconscient, on ne peut guère contester l'existence, fréquente, de périodes d'abandon provisoire apparent d'un problème sur lequel on s'est déjà échiné, en partie ou en totalité vainement. Chacun a pu en faire soi-même l'expérience bien des fois. Les chercheurs en témoignent. C'est la nature de ce qui se passe alors qui est discutable. Quel est le statut de cet inconscient ? Pure négation du conscient ou autre niveau de pensée ? ; -L'illumination, cette illumination, ce «flash» comme diraient les écoliers, est un moment extraordinaire. Il conjugue, selon Poincaré, les «caractères de brièveté, de soudaineté et de certitude immédiate» ; -Le travail conscient ultérieur, l'illumination s'étant faite, l'interrupteur ayant été trouvé et activé comme disait Wiles, on y voit plus clair dans la pièce. C'est le temps de la décrire, de passer donc à une autre étape du travail. Cette étape peut se décomposer en trois phases selon Hadamard. Ces phases ne sont pas nécessairement disjointes et successives, chronologiquement parlant, croyons-nous. (I) Vérification : il est nécessaire de s'assurer que l'illumination ne nous a pas ébloui et que les résultats entrevus, les moyens suggérés, sont corrects. Cette partie du travail est souvent fastidieuse. Elle est nécessaire. Et la plupart du temps, l'intuition-révélation se trouve confirmée. (II) Finition : il y a, en particulier dans une discipline de présentation aussi structurée que les mathématiques, une indispensable mise en ordre à réaliser, un raccord avec l'état présent du domaine, des calculs et une construction logique à l'épreuve des doutes et des critiques. Cette étape donne généralement lieu à des communications orales ou écrites. (III) Continuation : le désormais acquis devient un résultat-relais. D'autres questions en jaillissent : généralisations par affaiblissement des conditions, applications à d'autres parties des mathématiques, algorithmes de calcul ou de réalisation, etc. C'est, pour ainsi dire, un cheminement cyclique ou spiralé. Le récit, devenu quasi-paradigmatique, de Poincaré offre un bon exemple de ce phénomène d'alternances, de rebondissements, d'extensions et d'approfondissements. L'ordre de grandeur temporelle peut d'ailleurs dépasser de loin celui de son exemple. Ainsi Wiles travailla au moins sept ans, de façon suivie et intense, à la démonstration d'une conjecture qui, elle, impliquait la validité du fameux théorème de Fermat. Et il se buta plusieurs fois à des impasses dont il eut à se sortir» (5).
J.Lefebvre élargit ce modèle à tous les processus de créativité : "Les quatre étapes du modèle de Poincaré-Hadamard semblent si naturelles (en mettant de côté la question de la nature du travail dit inconscient) qu'ils ne peuvent manquer de s'appliquer aussi hors du domaine des mathématiques proprement dites. Il y a bien sûr, des modalités différentes du travail intellectuel selon le domaine : mathématiques, sciences expérimentales, littérature, arts".
Th. Ribot insiste sur la phase d'incubation dans le processus créatif : "L'idée sollicite l'attention et prend un caractère de fixité. La période d'incubation commence. Pour Newton, elle a duré dix-sept ans et au moment d'établir définitivement sa découverte par le calcul, il fut saisi d'une telle émotion qu'il dut confier à un autre le soin d'achever… Le mathématicien Hamilton nous dit que sa méthode des quaternions jaillit un jour, toute faite, près d'un pont de Dublin : «En ce moment, j'avais le résultat de quinze années de travail»... Darwin amasse des matériaux durant ses voyages, observe longtemps les plantes et les animaux; puis, la lecture du livre de Malthus, faite par hasard, le frappe et fixe sa doctrine… «J'eus longtemps, disait Schumann, l'habitude de me torturer le cerveau, et maintenant j'ai à peine besoin de me gratter le front. Tout vient naturellement»… Dans les sciences, Kepler fournit un bon exemple de cette imagination combinatrice : on sait qu'il a consacré une partie de sa vie à essayer des hypothèses bizarres jusqu'au jour où ayant découvert l'orbite elliptique de Mars, tout son travail antérieur prit corps et s'organisa en système… Nous avons vu que chez Chopin «la création était spontanée, miraculeuse… elle venait complète, soudaine»; mais G. Sand ajoute: «La crise passée, alors commençait le travail le plus navrant auquel j'ai assisté», et elle nous le montre, pendant des jours et des semaines, courant avec angoisse après les lambeaux de l'inspiration disparue… De même Goethe, dans une lettre à Humboldt sur son Faust qui l'a occupé pendant soixante années, pleines d'interruptions et de lacunes : «La difficulté a été d'obtenir par la force de la volonté ce qui ne s'obtient à vrai dire que par un acte spontané de la nature»… Zola, d'après son biographe Toulouse, «imagine un roman, en partant toujours d'une idée générale qui domine l'œuvre; puis de déduction en déduction, il en tire les personnages et toute l'affabulation»". Th. Ribot conclut: "En somme, l'intuition pure et la combinaison pure sont exceptionnelles ordinairement, c'est un procédé mixte"(6).
"Ne pouvoir penser aussi facilement en mots qu’autrement", rapportant les propos de F.Galton, J.Hadamard nous fait part de la difficulté que l'on rencontre à traduire l'expérience conceptuelle par des mots : "Par-dessus tout s’éleva la voix autorisée d’un autre penseur de tout premier plan, Francis Galton, le grand généticien qui, après avoir commencé comme explorateur, a en outre laissé une œuvre importante sur des questions psychologiques. La grande habitude qu’il avait de l’introspection lui permit d’affirmer que son esprit ne se comportait pas du tout de la manière que Max Müller supposait être la seule. Que Galton joue au billard et calcule la trajectoire de sa bille ou qu’il étudie des questions plus élevées et plus abstraites, sa pensée n’est jamais accompagnée de mots. Galton ajoute qu’il lui arrive parfois, quand il réfléchit, d’entendre un accompagnement de mots dépourvus de sens, exactement «comme les notes d’une chanson peuvent accompagner la pensée». Naturellement, des mots dépourvus de sens sont une chose tout à fait différente des mots réels ; nous verrons plus tard à quel genre d’images on peut raisonnablement les comparer. Cette disposition d’esprit de Galton n’est pas dépourvue d’inconvénients pour lui ; voici ce qu’il écrit : «C’est une gêne sérieuse pour moi quand je rédige et encore plus quand je m’explique de ne pouvoir penser aussi facilement en mots qu’autrement. Il arrive souvent, après avoir durement travaillé et être arrivé à des résultats qui sont parfaitement clairs et satisfaisants pour moi, que, quand je veux les exprimer en mots, je sente que je dois commencer par me mettre sur un plan intellectuel tout à fait autre. J’ai à traduire mes pensées dans un langage qui ne me vient pas facilement. Je perds donc beaucoup de temps à chercher les mots et les phrases appropriés et je me rends compte que, lorsqu’on me demande de prendre la parole à l’improviste, je suis souvent obscur par pure maladresse verbale et non par manque de clarté dans la conception. C’est un des petits ennuis de ma vie». J’ai désiré reproduire intégralement cette déclaration de Galton parce que, dans son cas, je reconnais exactement le mien y compris cette assez regrettable conséquence que je ressens exactement comme lui"(7). Dans Pensée et langage, L.Vygotski analyse le "langage intérieur", celui à propos duquel s'exprimait F.Galton en évoquant "un accompagnement de mots dépourvus de sens": "Le langage intérieur est un langage réduit au maximum, abrégé, sténographique. Le langage écrit est développé au maximum, plus achevé même dans sa forme que le langage oral. Il ne comporte pas d’ellipses. Le langage intérieur en est plein. Il est par sa structure syntaxique presque exclusivement prédicatif. De même que dans le langage oral la syntaxe devient prédicative lorsque le sujet et les membres de la proposition qui s’y rapportent sont connus des interlocuteurs, le langage intérieur, dans lequel le sujet et la situation impliquée par la conversation sont connus de celui même qui pense, est presque composé des seuls prédicats. Nous n’avons jamais à nous communiquer à nous-mêmes ce dont il s’agit. Cela est toujours sous-entendu et constitue le fond de la conscience. De là le caractère prédicatif du langage intérieur. C’est pourquoi, même s’il devenait audible à un étranger, il resterait incompréhensible à tous hormis au locuteur lui-même, puisque personne ne connaît le champ psychique dans lequel il se développe"(8). L.Vygotski nous dit qu'il n'en serait pas de même du langage exprimé : "Chaque phrase, chaque conversation est précédée de l’apparition d’un motif, c’est-à-dire pour quelle raison je parle, à quelle source d’impulsions et de besoins affectifs s’alimente cette activité. La situation impliquée par le langage oral crée à tout instant la motivation qui détermine le cours nouveau que prend le discours, la conversation, le dialogue. Le besoin de quelque chose et la demande, la question et la réponse, l’énoncé et la réplique, l’incompréhension et l’explication et une multitude d’autres rapports analogues entre le motif et le discours déterminent entièrement la situation propre au langage effectivement sonore. Dans le cas du langage oral il n’y a pas à créer de motivation. C’est la situation dynamique qui en règle le cours. Il découle entièrement d’elle et évolue sur le type de processus motivés et conditionnés par la situation". La situation est encore différente à propos du langage écrit : "Au contraire, le langage écrit, dans lequel la situation doit être reconstituée dans tous ses détails pour devenir intelligible à un autre, est développé au maximum et même ce qui est omis dans le langage oral doit donc y être nécessairement mentionné. C’est un langage orienté vers une intelligibilité maximale pour autrui. Tout doit y être dit intégralement... Pour le langage écrit nous sommes contraints de créer nous-mêmes la situation, plus exactement de nous la représenter par la pensée". Pour revenir au propos de A.Korzybski lorsqu'il parle de la "prise de conscience des processus d'abstraction qui clarifie la structure", et mesurer l'impact du langage sur la formation des concepts, nous citons E.Klein : "...Cet écart par rapport à nous tiendrait tout entier dans la différence de langage, le nôtre est un langage ontologique, il ne désigne jamais que des étants et se trouve par construction incapable de décrire comment ces étants sont survenus, de sorte que pour nous la question de l'origine devient à la fois inévitable et impossible ; tandis que la langue chinoise ne décrit que des processus, des phases, des évolutions continues, non des choses, de sorte que pour elle la question de l'origine ne se pose pas ; pour parler de l'origine des choses, encore faut-il considérer qu'il y a des choses. «Nous avons du mal à parler des transitions continues, explique François Jullien. La neige qui fond en tombant sur le sol est-elle encore de la neige ou déjà de l'eau ? Cette série d'impuissances ou de difficultés de notre pensée est sans doute une conséquence de choix premiers qu'elle a opérés : à savoir qu'elle est avant tout une pensée de l'Être, une ontologie, une pensée de l'identité et de la substance. On peut lui opposer la pensée chinoise, fondée, elle, sur la transition, la polarité entre les contraires qui coexistent sans cesse, c'est-à-dire sur le procès perpétuel des choses». En Chine, l'idée de «substance» n'ayant pas pris corps, il est difficile de concevoir que quelque chose de stable, d'invariable, puisse se maintenir identiquement à lui-même lors d'un changement. La notion d'identité, essentielle dans notre façon de comprendre le changement (nous supposons un support-substrat du changement qui se maintient dans le changement), se défait, devient incongrue. La vie et le monde sont en transition continue et ne peuvent être dits que sous l'angle d'un perpétuel devenir"(9).
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(1)La tour de Babel. (Genèse 11.1-9)
(2)Le rôle du langage dans les processus perceptuels. A.Korzybski
(3)Jacques Hadamard, Essai sur la Psychologie de l'invention dans le domaine mathématique. G.Guitel
(6)Essai sur l'imagination créatrice. Th. Ribot
(7)Essai sur la psychologie de l'invention dans le domaine mathématique. J.Hadamard
(8)Pensée et langage. L.Vygotski
(9)Discours sur l'origine de l'Univers. E.Klein
