MÉMOIRE AKASHIQUE
L'Inde ancienne nous enseigne que notre Univers est constitué de cinq éléments : la Terre, l'Eau, le Feu, l'Air et l'Akasha, le rayonnement, la lumière immanente. Dans la Genèse, la première parole de Dieu est : "Fiat lux, Que la lumière soit". La mémoire akashique serait la mémoire de tout ce qui se produit et de tout ce qui s'est produit. Sans préjuger de l’existence d’un Bigbang initial, les astrophysiciens évoquent un état de l'Univers incroyablement dense et chaud, il y a environ 13,8 milliards d’années. "L'Univers étant en expansion", écrivent J-P.Luminet et E.Brune," il est arrivé un moment où il a été suffisamment dilaté pour que la lumière arrive à se frayer un chemin entre les particules électrisées. C'est le moment où il a produit de la lumière pour la première fois –un fiat lux colossal et très chaud, émis tout à coup en tout point de l'espace"(1). La Tradition et la science coïncident sur l'avènement de la lumière primordiale (en science, primordiale à l'expansion de l'Univers; dans la Tradition, primordiale à la création).
E.Laszlo fait le lien entre le vide quantique et le Champ Akashique en évoquant l'information à l'œuvre dans l'Univers : "Les lois actuellement connues en fonction desquelles les choses existant dans le monde sont générées à partir du vide cosmique sont des lois d'interaction fondées sur le transfert et la transformation de l'énergie. Il s'avère que ces lois sont adéquates pour expliquer comment les choses réelles (sous forme de paires particule-antiparticule) sont générées à partir du vide quantique et en émergent, mais pas pour préciser comment les particules survivant aux éternités cosmiques se structurent pour former des objets de plus en plus complexes, tels les galaxies, les étoiles, les cellules, les organismes, les sociétés, les biosystèmes et les biosphères. Pour arriver à expliquer l'évolution continue -mais certainement pas toujours linéaire ni calme- des choses, nous devons ajouter un élément d'interaction à l'énergie. De plus en plus de scientifiques reconnaissent à ce jour l'importance de cet élément additionnel. Il s'agit de l'information, en tant que facteur réel et effectif gouvernant les processus évolutifs dans absolument tous les domaines de l'univers connu… David Bohm l'appelle «in-formation», sous-entendant par là qu'il s'agit d'un processus qui donne réellement «forme» au destinataire…Le concept d'un univers «imbibé» d'énergie et d'in-formation, un univers qui se construit lui-même à partir d'éléments simples et s'élabore jusqu'à atteindre une complexité toujours plus grande, date de milliers d'années…mystiques, prophètes, sages et philosophes ont toujours maintenu l'existence d'un tel champ cosmique. En Orient, on le nommait champ akashique, mais en Occident, la majorité des scientifiques le considéraient comme un mythe. De nos jours, cependant, l'horizon s'étant élargi grâce aux dernières découvertes scientifiques, on est en train de redécouvrir ce champ"(2). E.Laszlo reprend l'hypothèse d'un vide superfluide dans lequel toutes les particules et les systèmes de particules interagissent. Il écrit : "La cohérence entre les particules et les systèmes de particules découle de leur interaction dans le vide. Les particules et les systèmes de particules produisent des ondes dans le vide qui sortent ce dernier de son état de base. En d'autres mots, ils créent des vortex qui stimulent le vide. Les ondes se propagent dans le vide et s'entrecroisent. Les motifs d'interférence créés par les fronts d'onde renferment l'information transportée par les ondes individuelles. Quand les ondes créées par les particules individuelles et les systèmes de particules fusionnent, l'information transportée par ces particules et systèmes de particules n'est pas effacée par une autre information puisque les ondes se superposent les unes aux autres. Les fronts d'onde engramment et transmettent le genre d'information subtile mais effective que nous appelons «in-formation». Dans le vide, l'in-formation est distribuée, car elle est simultanément présente partout. L'explication en est logique : l'in-formation du vide est de l'information transportée et transmise sous forme holographique… Les configurations d'interférence du vide superposées sont des hologrammes de la nature. Elles transportent de l'information sur toutes les particules et tous les ensembles de particules, dans toutes les infinités".
A propos du vide quantique, M.Cassé écrit : "Pauvre, classiquement, mais le verbe quantique excède toute parole ordinaire et de bon sens. Sous le coup de fouet sémantique, la description change profondément et les évidences se renversent. Le dépouillement se fait abondance, le vide n'est plus l'absence. Il rassemble toute la puissance de la physique et la redonne indéfiniment. Peuplé, surpeuplé même est ce que nous croyions déserté… l'inventaire systématique du moindre centimètre cube d'espace frappe de stupeur… l'univers observable n'est qu'une bulle dans un champagne de vide généralisé"(3). Plus loin M.Cassé analyse ce qui divise ou rapproche le vide et la matière : "«Vide» et «Matière», leurs propriétés sont mutuellement complémentaires. Le vide est l'état latent de la réalité, la matière ordinaire, composée de particules élémentaires, l'état manifeste. De fait, la matière seule ne constitue pas un système fermé, le vide n'est pas l'autre-être de la matière, mais son complément et c'est le système matière + vide qui est le berceau de l'immortalité. La loi de la conservation de l'énergie s'applique, en effet, à la somme des deux. Le nouveau concept de vide comble un fossé logique dans la classification des états de la matière, mais garde la préséance. Matière et vide sont comme la fille et le père. Il convenait que le monde se donnât un élément fluide se pliant bien aux transformations inhérentes au devenir, qui ne manifeste aucune altération dans son apparence. «Thalès, dit Nietzsche, a vu l'unité de l'Être, et quand il a voulu le dire, il a parlé d'eau.» Nous, c'est le vide que nous avons à la bouche. Le vide assure au monde l'unité de son fonctionnement. Il est l'essence originelle de tous les corps. Il crée la matière et les forces qui s'exercent sur la matière. Il crée l'inertie, la masse qui résiste aux forces. Il est, par là, la source des trois principes, matériel, dynamique et inertiel".
Pour développer les concepts de matière et d'énergie dans l'Univers, nous voulons citer J-P.Luminet et H.Reeves : "Depuis le moment où Edwin Hubble a découvert l'existence d'autres galaxies, nous en avons observé des milliards et nous sommes allés de surprise en surprise. De nouvelles énigmes surgissent. La première est le fait que les galaxies tournent sur elles-mêmes beaucoup plus rapidement que ne l'explique la quantité de matière observable qu'elles contiennent. À pareille vitesse, elles auraient dû, normalement, se défaire. Quelque chose les retient ensemble. Nous aurions pu tout aussi bien dire «matière transparente». Elle ne brille pas, n'intercepte pas la lumière, mais nous avons la preuve qu'elle existe, puisque sa présence augmente la vitesse de rotation des galaxies et qu'elle «dévie» la lumière en provenance d'autres sources. Du reste, nous avons décelé le même phénomène de matière noire autour des amas de galaxies. Nos calculs démontrent clairement qu'elles sont reliées entre elles par une plus grande quantité de «matière» que celle que nous pouvons observer. Cette première énigme, l'existence d'une matière noire, nous occupe depuis plus de cinquante ans. Mais une seconde énigme concernant le mouvement de fuite général des galaxies est apparue plus récemment. Elle touche au destin même de notre univers…En 1998, quand l'analyse de nos résultats fut achevée, nous avons eu un choc, de même que toute la communauté scientifique. Nous avons tous été stupéfaits de constater que l'expansion de l'Univers ne ralentit pas, bien au contraire! Elle s'accélère! Quelle surprise! Ce coup de théâtre a provoqué plusieurs campagnes de vérification indépendantes qui ont confirmé ces données renversantes. Or, si l'expansion de l'Univers s'accélère, c'est qu'il doit être rempli d'une forme d'énergie qui contrecarre la gravitation. Ce ne peut pas être de la matière, puisque la matière, qu'elle soit noire (invisible) ou pas, gravite toujours. Elle a tendance à freiner l'expansion de l'Univers. Donc, il doit y avoir de l'énergie à l'état diffus, qui a des propriétés répulsives et qui propulse l'expansion de l'Univers. Bien sûr, à notre échelle, il est impossible de s'en rendre compte. Mais à l'échelle cosmique, agissant sur des structures colossales et sur des milliards d'années, cette forme d'énergie existe. Faute de savoir ce qu'elle est, nous l'avons baptisée : énergie sombre. Quelle est donc la nature de cette énergie? Plusieurs théories s'affrontent. L'énergie sombre, ce pourrait être, à l'échelle cosmique, cet état d'énergie minimum qui emplit tout l'espace, que nous appelons l'énergie du vide. Précisons que pour nous, en physique quantique, le vide n'est pas vide, il est «ce qui se fait de plus vide». En fait, le vide possède une énergie résiduelle qui pourrait agir puissamment à l'échelle cosmique"(4).
E.Klein nous expose un autre regard sur la nature de la matière noire : "Mais il se pourrait aussi que la matière noire n'existe pas, qu'elle constitue en définitive un faux problème ! Car, en réalité, le désaccord que nous avons évoqué entre le mouvement observé des galaxies et ce qu'indiquent les calculs nous met en présence d'une alternative, dont le deuxième terme est souvent négligé : —ou on accepte de compléter le mobilier ontologique de l'univers au nom de l'universalité des lois physiques bien établies par ailleurs (en l'occurrence celles de la gravitation). Dans ce cas, il faut considérer que la matière noire existe bel et bien et il ne reste plus qu'à identifier sa nature; — ou on remet en cause cette universalité pour éviter d'avoir à peupler l'univers d'objets inconnus, de mystérieux fantômes. Dans ce cas, il faut corriger les lois de la gravitation pour rendre compte de la dynamique des galaxies sans qu'il soit nécessaire de postuler l'existence d'une matière noire"(5). Il conclut : "Ils [=les physiciens] ont du pain sur la planche puisqu'ils leur reste à éclaircir la nature des deux principaux constituants actuels de l'univers; la matière noire et l'énergie noire, qui représentent respectivement vingt-quatre et soixante-douze pour cent de la totalité...Pour résoudre cette double énigme, peut-être faudra-t-il bouleverser les concepts les plus fondamentaux de la physique, inventer de nouvelles idées, et réitérer la double révolution, quantique et relativiste, du début du siècle dernier. La question de l'origine de l'univers, dès lors que nous ne la discutons jamais qu'à partir de ce que les théories physiques permettent d'en dire, pourrait s'en trouver elle-même toute chamboulée".
E.Laszlo parle des "fables de la physique" à propos des tentatives d'explications avancées : "Les recherches sur les anomalies qui se présentent au cours d'observations et d'expériences ainsi que les fables pouvant les expliquer sont les deux éléments qui constituent les tenants et les aboutissants de la recherche fondamentale en science". Nous nous sommes intéressés au parallèle entre le mythe et la science en tant que modes d'explication du monde. P.Trousson traite des divergences et des similitudes entre les deux : "Pour Lambros Couloubaritsis, la pensée archaïque est plus complexe qu'on ne le pense. A cette époque, l'homme conçoit une réalité très étendue où les phénomènes de la nature visible s'enchevêtrent avec des puissances invisibles. Il accepte que la réalité participe du naturel et du surnaturel. L'invisible est aussi important que le visible, il est peuplé de dieux, de puissances bénéfiques et maléfiques, des morts, etc. Loin d'être une fin ou un anéantissement, la mort est un passage, celui du visible vers l'invisible : que ce soit l'Hadès des Grecs, le Valhalla des Scandinaves ou l'Autre-monde des Celtes. «Entre l'homme et les dieux s'inscrit un rapport non pas d'opposition stricte, mais une opposition qui implique en même temps une complémentarité» nous dit Couloubaritsis. Les mythes de la pensée archaïque s'alignent ainsi sur une logique de l'ambivalence, de la signification plurielle. Cette logique -et ses moyens d'expression, les symboles- autorise l'expression de la complexité du réel. Comme le fait très justement remarquer Couloubaritsis, nous voici bien éloigné de la vision simpliste que certains peuvent encore avoir de nos mythes anciens, considérés aujourd'hui comme des contes fantastiques, embrouillés et donc non rigoureux et peu sérieux. «Le mythe, dit-il, est un discours complexe à propos d'une réalité complexe où s'enchevêtrent le visible et l'invisible, et qui se déploie selon une logique qui lui est propre et en fonction d'un schème transcendantal qui unifie et régularise l'expérience»"(6). On ne peut s'empêcher de rapprocher les propos sur le Champ Akashique, le vide quantique, la matière noire… et la conclusion de P.Trousson qui écrit que la science post-quantique s'oriente peut-être vers la "quête de ses arché-types": "Le mythe n'est pas une façon de penser, il est un mode de connaissance producteur de sens. Bien que le récit mythique soit explicatif, croire que sa fonction explicative en est l'essentiel serait tomber dans l'excès. Notre mentalité contemporaine, basée sur le rationalisme et l'utilitarisme nous pousse à poser la question : à quoi sert le mythe ? Mais, en fait il ne sert à rien. La question est erronée. Il ne donne pas le «pourquoi» du monde, mais bien le «à la suite de quoi» ! Ici, nous rejoignons la science. Car elle aussi est un mode de connaissance, basé sur la raison seule, la logique du tiers-exclu, la démonstration, l'analyse et la vérification expérimentale. Elle n'apporte pas, non plus, de réponse à la question «pourquoi ?», mais bien à «de quelle manière, comment ?». Ne nous trompons pas, lorsque nous demandons pourquoi une pomme tombe par terre lorsqu'on la lâche et que la science répond : «parce qu'il y a la gravitation», ce n'est pas une bonne réponse. La science n'a fait ici que nommer le phénomène. Elle explique comment les objets s'attirent (proportionnellement à leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance), mais pas pourquoi. Le mythe non plus ne donne pas l'explication de la cause première, mais il montre les éléments premiers (archai) d'où les phénomènes émanent. C'est ce qu'exprime Kerényi lorsqu'il dit : «La mythologie motive», c'est-à-dire qu'elle est moteur du monde, elle initie et conserve le mouvement, elle le fonde. Le mot arché possède le double sens d'autorité et d'ancienneté. La science, qui est un mode de connaissance valable, pour autant qu'on n'en fasse pas un système exclusif (scientiste), n'a peut-être pas encore trouvé ses arché-types. C'est peut-être vers cette quête qu'elle s'oriente aujourd'hui et il est possible que la science post-quantique apporte quelques éléments dans cette voie. La confrontation avec les mythes permettra au moins un éclairage nouveau. Car, le mythe «ne vise pas à satisfaire un souci de logique ou une curiosité intellectuelle. Il n'est pas fait pour expliquer, mais il est cette explication même, qui se veut fondatrice de tout ce qui est»".
Etudiant les Aborigènes d'Australie, Betty Villemino nous invite à reconsidérer la pensée archaïque génératrice de mythes : "Les sédentaires, en déclenchant une lutte sans merci contre l’environnement pour l’adapter à l’homme, sollicitèrent leur imaginaire positiviste, mettant en sourdine la mentalité archaïque et mystique, structure permanente de l’esprit humain. Ce mode de vie, qui enfanta l’individuation et dans lequel le travail devint une religion, rendit en effet difficile, faute de temps, toute intériorisation, chemin du spirituel. La pensée rationaliste, architecte de notre monde matérialiste, en est l’aboutissement. En occultant le domaine de l’irrationnel de la nature humaine, cette évolution rompit le lien qui unissait l’homme au cosmos : ce dernier réussit à mettre le monde en équation mais devint un étranger sur sa propre planète, avec les conséquences que l’on connaît. Les Aborigènes restés nomades ou semi-nomades réussirent une adaptation «intellectuelle, technique et psychologique à leur environnement». Ils disposèrent de temps libre pour penser «la place de l’Homme au sein de la nature» et méditer sur l’existence en général. Leur évolution mit en jachère l’imaginaire positiviste pour solliciter, à l’extrême, l’intelligence sensorielle avec un impact sur l’«âme», sur l’imaginaire poétique, sur la réceptivité à ce que transmettent les autres formes de vie, animales, végétales ou minérales. Cette évolution aboutit à l’épanouissement de l’instinct, de la connaissance intuitive et à la maturation du psychisme, ici non pollué par les soucis matériels et baignant dans les ondes d’une nature vierge. La pensée humaine formée au contact de l’environnement originel, de l’héritage culturel sans contradiction avec des apports étrangers, d’un mode de vie que rien ne venait remettre en cause, enfantera des individus qui, suivant leur degré initiatique et leur génie, penseront avoir atteint la dimension qui «passe infiniment l’homme limité à son ego» et seront certains de savoir répondre à la question de Jung: «Qu’est-ce que le monde et qui suis-je ?»… Or, grâce aux travaux sur informatique de l’anthropologue Barbara Glowczewski, les structures parentales qui donnèrent bien du mal à de nombreux chercheurs apparurent, récemment, construites sur le modèle du cube ou de l’hypercube, ce dernier se caractérisant par la non-émergence d’un pôle, qui en jouant sur l’illusion, suggère la troisième, quatrième et parfois la cinquième dimension. Ces «applications» des mathématiques dans les structures d’un monde techniquement non évolué font penser à une société futuriste plutôt qu’à une société paléolithique. Sans connaître les nombres, la civilisation aborigène a cependant su inventer des systèmes et des structures relevant des mathématiques modernes. La pensée archaïque de nos chercheurs, devenue «pensée sauvage» avec Claude Lévi-Strauss, ne différerait donc pas, comme ce dernier l’écrivit, de la pensée scientifique. Et si, comme certains le pensent, ces connaissances étaient innées car incluses dans nos structures mentales, une question pourrait se poser : nos mathématiciens n’ont-ils pas simplement « matérialisé » par des nombres les images venues du tréfonds de notre psychisme ?"(7).
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(1)Bonnes nouvelles des étoiles. J-P.Luminet et E.Brune
(2)Science et Champ Akashique. E.Laszlo
(3)Du vide et de la création. M.Cassé
(4)Dialogues sous le ciel étoilé. J-P.Luminet et H.Reeves
(5)Discours sr l'origine de l'Univers. E.Klein
(6)Le recours de la science au mythe.P.Trousson
