REGARDS SUR YOGA NIDRA


Comment choisir un autre guide que Swami Satyananda Saraswati à propos du Yoga Nidra ? M-A. Descamps écrit : "Il a recherché toutes les anciennes pratiques au sujet du Tantra et des transformations de l'état de conscience et les a systématisées… Satyananda a fait pour le Yoga Nidra ce que Jigoro Kano a fait pour le judo, il est allé apprendre toutes les spécialités de lutte des différentes écoles du Japon et les a rassemblées dans un ensemble cohérent : le judo. De même, Satyananda a rassemblé tous les procédés des tantrikas pour en faire un tout ordonné, le Yoga Nidra"(1). C'est donc à Satyananda que nous référerons principalement.

Satyananda évoque la "triple tension" que nous subissons : la tension physique, la tension émotionnelle, la tension mentale. "Le Yoga Nidra est connu comme technique de relaxation, indique-t-il, mais en fait il vise à un parfait équilibre physique et mental. Il apporte un état de complète quiétude dans toutes les dimensions de notre personnalité"(2). Le Yoga Nidra est une réponse aux triples tensions : "Le Yoga Nidra attaque de front le problème de la triple tension en induisant progressivement, et dans l'ordre, une relaxation physique, émotionnelle et mentale. Un schéma complet de la séance… peut se réduire aux éléments essentiels suivants : -rotation de la conscience ; -prise de conscience du souffle ; -développement des sensations ; -visualisation d'histoires et d'images. Les deux premiers points ont trait à la relaxation physique, le troisième à la relaxation émotionnelle, et le dernier à la relaxation mentale… Pendant la pratique du sommeil psychique, il vous est demandé de jouer un double rôle, c'est-à-dire de suivre les directives tout en les donnant".

Satyananda évoque l'enseignement de Patanjali et les trois membres du Yoga qui nous intéressent plus spécialement : pratyahara, dharana, dhyanaAu sujet des deux premiers, il écrit : "Le retrait des sens est obtenu d'une part en concentrant le mental, et d'autre part en le maintenant absorbé dans la perception d'éléments intérieurs, de manière qu'il oublie le contexte extérieur. Quand pratyahara est atteint, le mental devient parfaitement centré et le problème se pose de savoir comment maintenir la conscience sur ce point particulier et comment demeurer dans cet état d'intériorité. Si l'on persiste dans pratyahara, la conscience se retire complètement dans l'inconscience, c'est-à-dire qu'on s'endort. Pour cette raison, lorsque la conscience se réduit à une aire limitée, on choisit un symbole psychique comme objet de concentration". Puis Satyananda traite des samskaras : "Il arrive, surtout au début, lorsque vous essayez de vous concentrer sur votre image ou sur votre symbole psychique, que nombre d'autres images surgissent et viennent troubler et distraire votre attention. Ces images représentent en fait des éliminations subconscientes, des expressions symboliques des couches plus profondes de votre personnalité… Elles sont la cause de nos tensions profondes et de la constante agitation du mental… Quelles que soient vos expériences ou vos images, il est très important de rester détaché; regardez-les simplement comme des séquences qui se déroulent sur un écran de cinéma en face de vous. Il ne vous faut que rester conscient, en témoin détaché… Vient un moment où toute image cesse de surgir. Cela peut se produire après des mois ou des années de pratique de la méditation. Alors vous vous établissez fermement dans l'état de pure méditation ou dhyana".

Commentant les Yoga Sutra de Patanjali, B.K.S.Iyengar écrit : "Patanjali présente dharana, dhyana et samadhi comme trois fils tissés en une seule tresse… La comparaison suivante montre la relation organique entre dharana, dhyana et samadhi. Lorsque l'on contemple un diamant, on voit d'abord très clairement la pierre elle-même. On devient progressivement conscient de la lumière qui brille en son centre. Lorsque la conscience de la lumière augmente, la conscience de la pierre en tant qu'objet diminue. Alors il ne reste plus que la lumière, sans source, sans objet. Lorsque la lumière est partout, c'est le samadhi"(3). Le développement est identique dans les Commentaires de Satyananda : "On doit noter que dharana lui-même se transforme en dhyana et que dhyana se transforme en samadhi. Dans dharana, la conscience est interrompue ; dans dhyana, elle est continue, tandis que dans samadhi, elle devient une avec l'artha –c'est-à-dire l'objet de la concentration. Il peut s'agir d'un objet grossier ou subtil. Dans samadhi,, il n'y a pas conscience que l'on pratique la concentration"(4). P.Alais commente à son tour ces états subtils qui vont du retrait des sens à la plénitude: "Nous avons vu que toute pratique yogique nécessite l'attention (pratyahara) et que les membres qui suivent sont finalement de l'attention qui dure évoquée par la racine dha de dharana, dhyana (racine différente) et samadhi. Comme Patanjali indique bien que cette attention doit être en synergie avec le souffle (pranayama), l'intériorisation est alors évidente, ce qui est bien l'étymologie même du mot praty-ahara (fait de retirer les troupes du champ de bataille). Prati indique toujours le retour, le sens inverse (de l'aller), qui plus est retour vers l'être a praty-a-hr. Cette attention sur l'intériorité souvent ne dure pas, puisque l'être humain se caractérise autant (si ce n'est plus), par l'extériorisation que par l'intériorisation... L'attention qui dure (soutenue) est donc de la concentration, et la concentration qui dure, de la méditation (même si ce n'est pas le sens de la racine dhya, on pourrait le dire). La méditation qui dure est donc à son tour la plénitude. Patanjali réunit les trois termes sous le nom de samyama, que l'on peut traduire par maîtrise"(5).

Selon B.K.S.Iyengar :"Le fil conducteur de la philosophie de Patanjali est la relation entre le Soi purusa, et la nature, praktri… Nous essayons de nous libérer de la nature afin de la transcender pour atteindre la liberté éternelle" (d'où le titre de l'ouvrage de Satyananda : Propos sur la liberté)."Le fait d'être sous le contrôle des sens et de leurs objets mène à l'attachement, au désir, à la frustration et à la colère. Ceux-ci nous désorientent et détruisent éventuellement notre véritable intelligence. Grâce à l'utilisation des diverses techniques et ressources de yama, niyama, asana, pranayama et pratyahara, nous apprenons à nous contrôler". Mais, ajoute-t-il, "comment peut-on voir ses propres yeux avec ses yeux ?". C'est là que prendront place les étapes suivantes, dharana, dhyana et samadhi.

P.Alais resitue ces pratiques yogiques dans leur contexte culturel : "Il faut bien comprendre que dans ce pays aux traditions multiséculaires, des hommes et des femmes ont voué leur vie à des ascèses très strictes. Leur idéal était d'atteindre non pas la maîtrise du monde extérieur, qu'ils ont même souvent délaissé, mais celle du monde intérieur… l'Inde a sur son territoire des princes qui ont renoncé aux pouvoirs temporels pour se consacrer au temps et aux dimensions intérieurs. L'exemple de Siddharta, qui renonçant au trône futur deviendra le Bouddha, est l'exemple le plus célèbre peut-être, mais il n'est pas le seul".


(1)Yoga Nidra et Rêve Éveillé. M-A. Descamps

(2) Yoga Nidra. Swami Satyananda Saraswati

(3)Lumière sur les Yoga Sutra de Patanjali. B.K.S.Iyengar

(4)Propos sur la liberté. Commentaires des Yoga-Sutras de Patanjali. Swami Satyananda Saraswati

(5)Yoga-Sutra, traduction et commentaires. P.Alais

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