LES DIMENSIONS SUBTILES
Au nombre des dimensions subtiles, nous ne pouvons ignorer la dimension inconsciente. Nous avons choisi de l’aborder à partir des écrits de Jung sur le yoga :"Les hindous ont une théorie extrêmement intéressante… Il est capital… d’être dans ce monde, d’accomplir véritablement son entéléchie, le germe de vie que nous sommes. Sinon… on est tout simplement renvoyé à la case départ, sans que rien soit advenu ; c’est là une expérience dépourvue de toute valeur… Oui, nous devons laisser une trace dans ce monde, une trace qui puisse signaler que nous sommes passés par là, que quelque chose est advenu. Si ce quelque chose n’advient pas, nous ne saurions être accomplis"(1). Jung poursuit en introduisant le processus d’individuation : "D’après l’enseignement tantrique, il existe une pulsion visant à produire une personnalité, quelque chose de centré et de séparé d’avec les autres êtres… nous pourrions la décrire comme une pulsion ou un instinct d’individuation… L’instinct d’individuation se retrouve partout dans la vie, car il n’est aucune existence sur terre qui ne soit individuelle. Chaque forme de vie se manifeste, par nature, dans un être différencié… En conséquence, l’entéléchie, la pulsion de réalisation, pousse naturellement l’homme à être lui-même". Même les personnes qui s’aiment "manifestent des résistances l’une envers l’autre afin de s’obliger mutuellement à lâcher prise, sans quoi elles demeureraient dans une commune inconscience, ce qu’elles ne pourraient tout simplement pas supporter. On observe d’ailleurs la même chose en analyse. Dans le cas d’un transfert excessif, des résistances analogues surgissent au bout de quelque temps".
Ouvrons une parenthèse à propos du transfert, puisqu’il nous fait appréhender la Mâyâ sous l’angle de la psychanalyse. Le transfert serait "l’exigence primitive d’une personne réelle"(2) en discordance avec le monde réel. A ce sujet Lacan nous dit : "Ce n’est pas le transfert, mais sa condition. A partir de quand y a-t-il vraiment transfert ? Quand l’image que le sujet exige se confond pour le sujet avec la réalité où il est situé"(2). Pour aller plus loin dans le rapport identitaire entre soi et l’autre : "L’image du moi -du seul fait qu’il est image, le moi est moi idéal- résume toute la relation imaginaire chez l’homme... Si l’autre sature, remplit cette image, il devient l’objet d’un investissement narcissique… Si, au contraire, sur le même versant, l’autre apparaît comme frustrant le sujet de son idéal et de sa propre image, il engendre la tension destructrice maxima"(2). Jung évoque la situation transférentielle en rapportant ce cas : "Ne voyez-vous donc pas ce que vous êtes en train de faire ? Vous aimez quelqu’un, vous vous y identifiez et bien évidemment vous dominez l’objet de votre amour, vous le refoulez par votre identité trop évidente. Vous le manipulez comme s’il était vous-même, et cela provoque naturellement des résistances. C’est une violation de son individualité, et un péché contre votre propre individualité"(1).
Jung articule le processus d’individuation -qu’il décrit ainsi : "L’individuation n’a lieu que lorsque vous en êtes conscient, alors que l’individualité, elle, est toujours présente, dès le commencement de votre existence"- dans la métaphysique hindoue, il évoque le linga (signe quasi exclusif du dieu Shiva), la Kundalinî (énergie ordinairement lovée à la base du tronc humain), la Mâyâ (illusion cosmique): si l’étincelle personnelle n’a jamais pénétré le sol, rien n’en sortira ; aucun linga, aucune Kundalinî n’apparaîtra, car vous demeurerez dans l’infinité qui présidait auparavant… En revanche, si l’on réussit à parfaire son entéléchie, cette pousse surgira du sol ; autrement dit, surgira alors une possibilité de détachement du monde, du monde de la Mâyâ".
Jung traite ensuite de l’analogie que l’on peut être tenté d’établir entre le processus analytique et l’éveil de la Kundalinî. Il évoque "l’élargissement de la conscience" qui au cours de l’analyse résulte de la compréhension progressive du fonctionnement des processus inconscients : résistances, refoulements, projections… Mais, indique-t-il, "ce n’est que dans la poursuite de l’analyse qu’apparaît l’analogie avec le yoga, en ceci que la conscience se trouve séparée d’avec ses objets. Ce mécanisme est lié au processus d’individuation, qui s’engage lorsque le Soi se dissocie -en tant qu’unique- des objets et du moi. C’est comme si la conscience se séparait des objets et du moi pour migrer vers le non-moi, vers l’autre centre, vers le Soi étranger quoique originel. Ce détachement de la conscience correspond à la sortie hors du tamas et du rajas, la sortie hors des passions et des entraves propres au monde des objets"(1).
Intéressons-nous à présent au corps quantique, au sujet duquel D.Chopra écrit: "Lorsqu’on se place au niveau de l’atome, on n’évolue pas dans un monde d’objets solides qui se déplacent tels des danseurs dans un ballet bien orchestré. Les particules subatomiques sont séparées par des vides immenses, qui font de l’atome un espace vide à 99,999 %. C’est vrai pour les atomes d’hydrogène dans l’air, pour les atomes de carbone dans le bois dont sont faites les tables, de même que pour les atomes « solides » de nos cellules. Ainsi, tout solide, y compris le corps humain, est, toutes proportions gardées, aussi vide que l’espace intergalactique"(3). Il relate ensuite les expériences de J.Benveniste : "L’importante différence d’échelle qui sépare la médecine de la physique quantique a maintenu les deux sciences à distance jusqu’en 1987, date à laquelle un immunologiste français, Jacques Benveniste, a mené une expérience qui constitue un véritable affront pour toutes les théories non quantiques de l’Univers". Mais, ajoute-t-il : "En juillet 1988, un mois après la publication de ces découvertes, la revue Nature envoya en France une équipe d’expérimentateurs assister au déroulement de l’expérience de Benveniste et vaincre leurs doutes. Malheureusement, celui-ci fut incapable de reproduire devant eux ses résultats ; certains essais réussirent, d’autres pas". D.Chopra conclut là-dessus : "Dès que la science se sera remise du choc causé par l’expérience réalisée avec l’IgE (Benveniste), il faudra qu’elle explore un nouveau domaine, celui du vide. La physique quantique a mis à jour, avec l’espace vide, un domaine d’une richesse insondable. Nous sommes aujourd’hui sur le point d’étendre cette richesse à la dimension humaine"(3).
"Les notions de physique quantique permettent d’appréhender la Réalité non physique de la matière et des mondes invisibles", écrit M-F.Bel. "Elles peuvent apporter un fondement scientifique à certaines connaissances traditionnelles/ésotériques sur les différentes dimensions de l’Homme et la réalité des mondes invisibles"(4). Mais, ainsi qu’elle l’indique, ces fondements scientifiques ne font pas pour l’instant l’unanimité du monde scientifique. Elle évoque également les propos de E.Laszlo sur le champ akashique (champ informationnel), les recherches de Harold Burr's(champ électromagnétique ou champ vital LF), celles d’Émile Pinel (champ H de nature physico-biologique), l’hypothèse de Rupert Sheldrakesur l’existence de champs morphogénétiques (déterminants dans les formes et les comportements des êtres vivants), ou encore l’ADN auquel certains prêtent des fonctions mystérieuses en plus de sa dimension génétique.
De nombreuses sources font état de corps subtils. On distingue habituellement le corps physique et le corps éthérique, le corps astral et le corps mental, le corps causal. Dans l'une des plus anciennes Upanishad, Taittiriya Upanishad(5), on trouve cette description des "enveloppes (koshas) superposées dont est fait le corps, tant physique que subtil" : le corps physique est formé par annamaya kosha (la gaine anatomique de la nourriture) ; le corps subtil est formé parle corps éthérique (lagaine physiologique comprenant l’appareil respiratoire et les systèmes du corps), le corps kama-manasique ou corps astral et mental inférieur (la gaine psychologique concernant la conscience, les sentiments et les motivations qui ne proviennent pas d’expériences subjectives), le corps mental supérieur (la gaine intellectuelle concernant les processus de raisonnement et de jugement qui proviennent d’expériences subjectives) ; le corps causal (la gaine spirituelle de la joie).
A.Besant réunit le corps physique et le corps éthérique : "Nous les réunissons ensemble, parce que tous deux fonctionnent sur le plan physique, qu'ils sont composés de matière physique, sont rejetés par l'Homme à sa mort, et qu'ils se désagrègent enfin totalement dans le monde physique lorsque leur maître passe dans le monde astral. Une autre raison qui nous fait classer ces deux principes sous le nom de corps ou "véhicule" physique, c'est que, tant que nous sommes incapables de nous dégager du monde (ou du plan physique, selon l'appellation usuelle), nous utilisons constamment l'un et l'autre de ces deux revêtements physiques"(6). Elle écrit :"Les matériaux composant ces deux principes permettent de les distinguer en : corps grossier et double éthérique. Ce dernier est la reproduction exacte, particule à particule, du corps visible ; il est aussi l'intermédiaire par lequel entrent en jeu tous les courants électriques et vitaux d'où dépend l'activité du corps".
A propos du plan astral A.Besant indique : "Tous les atomes physiques ont leur enveloppe astrale, la matière astrale formant ainsi ce que nous pourrons appeler la "matrice" de la matière physique, qui s'y trouve sertie. La substance astrale sert de véhicule à Jîva, la Vie Une qui anime toutes choses ; c'est grâce à elle que les courants de Jîva entourent, entretiennent, nourrissent chaque particule de matière physique et donnent naissance, non seulement à ce qu'on appelle couramment la "force vitale", mais encore à toutes les énergies électriques, magnétiques, chimiques et autres, à l'attraction, à la cohésion, à la répulsion et toutes forces analogues, différenciations multiples de la Vie Une, au sein de laquelle, comme les poissons dans l'Océan, flottent les Univers"(6). Pour approcher davantage la notion de corps astral, nous nous référons au texte de M-F Bel : "La « substance » du corps astral est constamment en mouvement. Elle s’étend autour du corps physique dans toutes les directions comme un nuage, fluctue en fonction des sensations et des émotions, s’amplifie avec le plaisir et la joie, se rétracte dans des situations douloureuses"(4).
A.Besant entreprend ensuite de décrire le corps mental : "Nous pouvons passer au troisième de ces plans, au monde mental. Lorsque nous serons parvenus à nous en faire quelque idée, nous aurons sous les yeux une triple région, comprenant les mondes physique, astral et mental… théâtre de l'activité humaine pendant les incarnations terrestres, demeure de l'Homme entre la mort qui clôt une vie et la naissance qui en ouvre une autre… Les étudiants en théosophie doivent être familiarisés avec la division en "Manas" supérieur et inférieur ; le corps causal est celui du Manas supérieur, le corps permanent de l'Ego, ou de l'Homme, qui perdure d'une vie à l'autre. Le corps mental sera pour nous celui du Manas inférieur… il agit sur notre corps astral et, par lui, sur nos enveloppes physiques, pour produire tout ce que nous appelons les manifestations de l'intelligence à l'état normal de veille"(6). M-F.Bel apporte une information essentielle concernant les interrelations existantes entre les différents corps : "Un équilibre constant entre le mental qui raisonne et le corps astral qui sent est une clé d’évolution personnelle. Ce qui revient à dire que chaque fois que l’Homme pense, de la matière mentale est mise en mouvement, les vibrations correspondantes sont transmises au corps astral, puis au corps éthérique, avant d’être traduites en molécules dans le corps physique. Inversement, des vibrations/informations en provenance des corps physique, éthérique et astral informent le corps mental"(4).
Pour évoquer le corps causal, nous nous rapportons de nouveau à l’ouvrage d’A.Besant : "Le corps causal, avons-nous dit plus haut, est l'aspect «forme» de l'Individu. Nous occupant ici du seul cycle actuel de l'humanité, nous pouvons dire, que, jusqu'à son apparition, il n'y a point d'Homme (Par «Homme», j'entends donc désigner «l'Ego» vivant, conscient, pensant, c'est-à-dire l'Individualité. Ibidem). Les tabernacles physique et éthérique peuvent exister déjà, attendant sa venue ; les passions, les émotions, les appétits peuvent être rassemblés, pour former sa nature Kâmique, dans le corps astral. Mais il n'y a point d'Homme tant que n'est pas parfaite la croissance de l'être à travers les plans physique et astral, et tant que la substance du plan mental n'a pas commencé à se manifester dans les véhicules inférieurs évolués. Lorsque, par la puissance du "Soi" préparant sa propre demeure, la matière du corps mental commence lentement à se manifester, il se produit une descente, un épanchement du vaste océan d'Atmâ Buddhi, de l'Esprit qui plane éternellement à la surface de l'évolution humaine. Ce courant descendant, si je puis m'exprimer ainsi, vient à la rencontre du courant ascendant de substance mentale évoluante, qu'il féconde. A ce point de jonction, le corps causal, l'Individu prend naissance"(6).
Nous nous intéresserons aux thérapies propres à guider l’individu vers sa guérison ou vers son accomplissement, pour affiner encore notre approche des dimensions subtiles. "Au niveau physique, écrit M-F.Bel, les thérapies agissent sur la matière par l’intermédiaire des molécules. C’est le cas de l’allopathie, la phytothérapie, l’aromathérapie, des régimes alimentaires… Au niveau éthérique les thérapies spécifiques vont agir soit sur la « structure » éthérique (acupuncture), soit sur la « substance » éthérique (homéopathie)… Aux niveaux astral et mental, les pratiques consistent à renouveler les matières astrale ou mentale pour en chasser les parties les plus grossières qui ont participé aux troubles. Ces pratiques peuvent aller de pair avec un développement personnel (méditation, visualisations, musiques, sophrologie, yoga, Gestalt thérapie, art-thérapie, chromothérapie…)"(4).
(1)Psychologie du yoga et de la Kundalinî. C.G.Jung
(2)Les écrits techniques de Freud. Le séminaire. J.Lacan
(3)Le Corps quantique. D.Chopra
(4)Corps subtils, science et médecine. M-F.Bel
(6)L’homme et ses corps. A.Besant
