LE PRANAYAMA


Selon D.Mérien(1), le volume de la capacité vitale respiratoire (environ 3.5 l) se décompose ainsi : 0.5 l d’air échangé lors du flux respiratoire courant, 1.5 l d’air complémentaire ou de réserve (inspiration ou expiration forcée), 1.5 l d’air résiduel. On constate que les échanges respiratoires courants portent sur seulement 1/7ème du volume d’air total.

Facteur important de l’équilibre émotionnel puisqu’il agit sur l’hypothalamus, le pH sanguin peut varier entre 7.28 et 7.42. Au-delà de ces limites, l’organisme entre dans des situations périlleuses. D.Mérien écrit : "Lorsque le pH sanguin glisse de 7.35 à 7.28 (effet de l’hypoventilation)… le sang inhibe les réactions hypothalamiques et les décharges émotionnelles s’effectuent plus lentement… En situation inverse, lorsque ce Ph sanguin s’élève de 7.35 à 7.42 (effet de l’hyperventilation), le sang devient légèrement plus alcalin et l’activité hypothalamique est suractivée". Les techniques de prânayâma portent sur l’allongement, la diminution ou la régularisation du souffle : "Outre la pratique de kumbhaka (rétention du souffle), il existe d’autres techniques de pranayama qui modifient les niveaux d’oxygène et de gaz carbonique dans le sang. Deux méthodes permettent principalement d’y parvenir. La première est l’hyperventilation, qui consiste en une respiration anormalement prolongée, profonde et rapide, souvent plus de 150 fois à la minute. La seconde est l’hypoventilation qui consiste en une respiration lente, anormalement réduite, souvent moins de cinq souffles par minute"(2). S. Niranjanananda Saraswati rappelle que : "La simple prise de conscience du souffle, sans parler de maîtrise, induit un rythme respiratoire régulier et pacifiant. C’est l’une des méthodes les plus efficaces pour apaiser un mental tendu. Le seul fait de prendre conscience du processus de la respiration engage le cortex et stimule les zones supérieures du cerveau"(2).

Dans son ouvrage(3) A. Van Lysebeth souligne trois points essentiels dans la pratique de prânayâma : -l’attention portée au souffle : "La découverte géniale des yogis… est que le mental influence la fixation du prâna et peut augmenter son absorption, sa fixation et sa circulation dans l’organisme. Le prânayâma n’est concevable qu’avec la participation active du mental. Cette participation se traduit par la concentration ; son véhicule le plus efficace est la représentation mentale, éventuellement soutenue par un mantra".

-le rythme : "Le premier objectif des yogis en matière de rythme est d’établir fermement cette synchronisation des battements du cœur et de la respiration. Ils ont en outre observé qu’en modifiant délibérément ces rythmes fondamentaux, il était possible d’influencer toutes les fonctions physiologiques et même psychologiques de l’être humain".

-la respiration interne ou cellulaire : "La seule vraie respiration –souvent méconnue-, puisqu’ elle constitue le but réel de la respiration externe, a lieu dans chaque cellule… Stimuler la respiration cellulaire est l’objectif primaire du prânayâma".

A propos de cohérence entre les battements cardiaques et le rythme respiratoire, D.O’Hare écrit : "La cohérence cardiaque est au maximum lorsque cette fréquence de résonance de 6 cycles respiratoires par minute est atteinte. C’est comme çà, c’est une constante physiologique… C’est la respiration à la fréquence de résonance des systèmes cœur/poumon commune à l’espèce humaine qui procure l’augmentation optimale de la variabilité cardiaque"(4). A. Van Lysebeth nous présente une autre pratique : "Lorsque vous percevrez nettement les battements du cœur… il s’agira de synchroniser consciemment les rythmes cardiaque et respiratoire. Comptez deux battements à l’inspiration, quatre à l’expiration, et respirez ainsi durant une minute environ : nous savons déjà que, dans les exercices de prânayâma, l’expiration dure en général le double de l’inspiration… Allongez progressivement votre respiration ; comptez trois battements pour l’inspiration et six pour l’expiration. Si c’est confortable et facile, augmentez jusqu’à quatre battements pour l’inspiration, huit pour l’expiration, et ainsi de suite… La durée de chaque respiration n’a qu’une importance limitée, c’est le rythme qui constitue l’élément décisif"(3).

La rétention du souffle est une pratique courante de prânayâma. S. Niranjanananda Saraswati écrit à ce sujet : "Dans le pranayama, il faut augmenter la durée de la rétention respiratoire. Plus on retient le souffle, plus on allonge l’interstice entre les influx nerveux et leurs réponses dans le cerveau. Maintenir la rétention sur une longue période, c’est réduire l’agitation mentale. Sur le plan technique, selon Patanjali, le pranayama consiste essentiellement en rétention… L’inspir et l’expir offrent des méthodes pour amener la rétention. Celle-ci est particulièrement importante, parce qu’elle permet une plus longue période d’assimilation du prana : elle donne en effet plus de temps à l’échange gazeux entre l’oxygène et le gaz carbonique qui se produit dans les cellules"(2). Mais il met en garde les apprentis pratiquants : "Pas de respirations violentes, pas de kumbhaka prolongé au-delà d’une mesure confortable, pas de surmenage de la respiration, du corps ou du mental. N’essayez pas d’effectuer un pranayama avancé au-delà de vos capacités actuelles".

La respiration yogique complète est l’association de trois niveaux de respiration : thoracique, abdominal, intercostal. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la respiration abdominale et à ses liens avec le nerf pneumogastrique ou nerf vague qui assure la transmission des informations en provenance du système nerveux entérique, dont on peut dire qu’il est notre deuxième cerveau. Dans son documentaire C.Denjean nous fait part des découvertes scientifiques à ce sujet : "Il y a quelques années, les scientifiques ont découvert en nous l’existence d’un deuxième cerveau. Notre ventre contient en effet deux cents millions de neurones qui veillent à notre digestion et échangent des informations avec notre "tête". Les chercheurs commencent à peine à décrypter cette conversation secrète. Ils se sont aperçus par exemple que notre cerveau entérique, celui du ventre, produisait 95 % de la sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions. On savait que ce que l'on ressentait pouvait agir sur notre système digestif. On découvre que l'inverse est vrai aussi : notre deuxième cerveau joue avec nos émotions" (5). "Le moyen le plus simple de relâcher toute tension mentale est de recourir à la respiration abdominale", déclare S. Niranjanananda Saraswati. Pour A. Van Lysebeth, "la phase diaphragmatique de la respiration yogique est la plus importante". Il cite A.Salmanoff : "Le rôle physiopathologique du diaphragme dans l’évolution des maladies chroniques est complètement ignoré… En comprimant tous les vaisseaux sanguins et lymphatiques de l’abdomen, le diaphragme propulse la circulation veineuse de l’abdomen vers le thorax… Le diaphragme est un bon et brave moulin pour la nutrition de l’organisme… Il suffit de se représenter une fois la surface du diaphragme pour accepter le fait que dans ce muscle nous possédons au moins un deuxième cœur et peut-être un peu plus"(3).

Pour en savoir davantage sur la nature du prâna, nous nous référons à S. Niranjanananda Saraswati : "Le mot « prana » est fait de la combinaison de deux syllabes « pra » et « na » qui dénotent la constance : c’est une force associée à un mouvement constant. Le prana est la force vitale, et le pranayama est le processus par lequel on peut augmenter la force pranique"(2). La pratique de prânayâma nous aiderait à explorer les états de conscience : "Des changements dans notre état de conscience sont amenés par des modifications au niveau du prana… La psychologie moderne ne sait pas rendre compte du processus par lequel la conscience se libère des limitations de l’individualité. Cependant, la science du Tantra affirme que l’éveil du prana, ou libération de l’énergie, est la clé des états supérieurs de conscience"(2).

Selon B.K.S.Iyengar : "Il ne faut pas pratiquer le prânayâma mécaniquement. Le cerveau et l’esprit doivent rester alertes pour ajuster et corriger à chaque instant la position du corps et le passage de l’air. On ne peut pas pratiquer le prânayâma à force de volonté ; il ne doit donc pas être mené tambour battant. Une totale réceptivité de l’esprit et de l’intellect est indispensable… Le souffle est comme un fleuve tumultueux qui lorsqu’il est dompté par des barrages et des canaux produit de l’énergie en abondance. Le prânayâma apprendra au sâdhaka (pratiquant) à dompter l’énergie du souffle pour produire vitalité et vigueur. Cependant la Hatha Yoga Pradîpikâ nous met en garde : de même qu’un dompteur va doucement pour dresser un lion, un éléphant ou un tigre, de même le sâdhaka doit devenir progressivement maître de son souffle qui sinon le détruira"(6).


(1) Renaître par le souffle : Dynamiser ses énergies vitales. D. Mérien

(2) Prana Pranamaya, Prana Vidya. S. Niranjanananda Saraswati

(3) Pranayama, la dynamique du souffle. A. Van Lysebeth(4) Cohérence cardiaque 365. D. O’Hare

(5) http://future.arte.tv/fr/le-ventre. C.Denjean. Le ventre, notre deuxième cerveau.

(6) Lumière sur le Prânâyâma. B.K.S.Iyengar

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