YOGA NIDRA  ET AUTO-HYPNOSE


Sans doute serait-ce à tort que l'on rapprocherait yoga-nidra et auto-hypnose, au regard de certaines similitudes apparentes dans la pratique de chacun d'eux. Le yoga-nidra se réfère à un quatrième état de conscience au cours de sa pratique. Satyananda Saraswati écrit: "Lorsque sankalpa (désir racine)* et vikalpa(connaissance indirecte) sont déracinés, les karmas (influencés par le cheminement de nos vies) n'exercent plus d'influence, et les désirs et les illusions sont éliminés par une pratique ininterrompue. Alors seulement émerge l'état de félicité sans fin de Yoga Nidra. Différent des trois états habituels est la quiétude qu'on appelle Turiya (le quatrième état de conscience au-delà de la veille, du rêve et du sommeil); alors seulement la Nidra omniprésente sous la forme de pure conscience illumine l'Etre. Plonge donc sans fin dans la Nidra qui n'est pas une forme de Prakriti(énergie active de l'univers), mais la forme manifestée de Purusha (pure conscience)"(1). Le yoga nidra ne se réclame d'aucune intention thérapeutique. Il mène à la prise de conscience de notre être profond, notamment à travers la perception des cinq corps selon le yoga : "le corps physique (par la rotation de la conscience); le corps d'énergie, pranique (par le contrôle respiratoire); le corps mental-émotionnel (par l'évocation d'images rapides et de sensations-sentiments); le corps psychique, mental-intellectuel,de la connaissance (par l'évocation de figures archétypales et de symboles); le corps causal, de béatitude (à travers les symboles du centre, et la méditation)"(1).

Satyananda Saraswati indique aussi : "Toutes les intuitions, toutes les images qui surgissent, doivent être regardées avec détachement ; il ne doit pas y avoir d'analyse. En yoga on s'est aperçu que l'analyse ne fait que perpétuer le cycle karmique du fait qu'elle donne aux éléments analysés plus d'emprise à tous les niveaux du mental; cela renforce le problème au lieu de le résorber. En affinant sa lucidité, on passe en revue les composants du mental en tant que témoin détaché; on opère de nouvelles découvertes, mais sans s'impliquer, car implication signifie régression". Le détachement propre au yoga nidra diffère de la dissociation pratiquée en auto-hypnose et ne donne lieu à aucune analyse. Selon Satyananda Saraswati: "l'analyse ne fait que perpétuer le cycle karmique du fait qu'elle donne aux éléments analysés plus d'emprise à tous les niveaux du mental".

L'auto-hypnose est plutôt "orientée solution", pour reprendre les termes de M. Erickson, et se réclame d'une intention thérapeutique. En principe la recherche d'une solution au problème symptomatique va orienter la séance d'hypnose, et "mettre en route le changement". Nous citons O.Lockert : "La détermination d'objectif oriente donc chaque partie de la personne vers l'atteinte de son objectif. Ainsi que l'explique Robert Dilts, presque deux siècles et demi après Mesmer : «Quand vous avez aidé quelqu'un à se donner un but, vous avez amorcé le processus de changement, car le cerveau fonctionne en cybernétique. Une fois son objectif clair, le cerveau va organiser un comportement inconscient pour l'atteindre. Il va recevoir un feed-back auto-correcteur qui va l'aider à maintenir son cap vers son objectif» "(2). Dans la pratique de l'auto-hypnose la confiance accordée à l'inconscient est primordiale : "Erikson avait l'habitude de dire : «Faites confiance à votre inconscient». Et vous l'entendrez dire : «Votre inconscient est créatif et intelligent, c'est une partie sage de vous-même, plus avisée que la partie consciente de vous-même, qui est bloquée par des croyances limitantes auxquelles vous tenez consciemment»"(3).

C'est par la transe hypnotique que l'on accède au non-conscient, dans un état modifié de conscience, entre l'éveil et le sommeil, différent de celui du yoga nidra puisqu'on nous dit à son sujet : "il semblerait que chacun de nous expérimente cet état de conscience «hypnotique» plusieurs fois par jour et qu'il soit même utile et nécessaire au maintien de notre équilibre mental"(4). M.Erickson parle de common everyday trance, la transe commune quotidienne. Outre le travail de suggestion et de visualisation, l'auto-hypnose emprunte à la PNL** un certain nombre de techniques. D'après O.Lockert : "Les travaux de J.Grinder et R.Bandler ont ainsi contribué à expliciter, «conscientiser» l'approche éricksonienne, donc à la rendre plus facilement assimilable. Les découvertes de la PNL, petite-fille de l'Hypnose d'Erickson, sont extrêmement précieuses et complémentaires à la pratique de l'Hypnose".

A propos de non-conscience ou d'inconscient du point de vue de l'auto-hypnose, J.Doridot écrit: "Ton cerveau rationnel a un rôle en réalité très secondaire dans ta vie… souviens-toi… que ton cerveau émotionnel agit d'abord et avant tout. En fait, aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est notre cerveau émotionnel -donc notre inconscient- qui réagit d'abord et notre cerveau rationnel alors, dans un deuxième temps, qui fait de son mieux pour rationnaliser et donner du sens à ce qu'il ressent! N'aie aucun doute là-dessus, les recherches les plus récentes en psychologie moderne le démontrent très clairement ; cela concerne ce que l'on appelle la théorie de l'attribution. Nous attribuons nos sensations et nos différents états de confort et d'inconfort avec en fait ce qui nous passe à portée de main "(5) O.Lockert expose les fonctions principales de l'inconscient, avec tout d'abord la "régulation et la coordination des fonctions biologiques" ; ensuite "l'inconscient est un réservoir de connaissances… souvenirs, apprentissages, ressources et savoir-faire" ; l'inconscient nous protège "en se chargeant de mettre à l'écart («refouler») les événements traumatisants et les informations obsolètes, inutiles ou devenues telles au conscient". W.H.O'Hanlon et M.Martin apportent là-dessus un éclairage complémentaire: "Erickson a utilisé le concept d'inconscient de plusieurs manières. L'une de ses conceptions rappelle un peu le préconscient de Freud, une sorte de réserve de toutes ces choses que vous ne conservez pas dans votre esprit conscient, mais dont vous pourriez vous rappeler si vous le vouliez. Une autre définition éricksonienne de l'inconscient est qu'il est votre moi profond et sage. Une troisième définition fait de votre inconscient un juke-box de vos apprentissages, c’est-à-dire de vos souvenirs"(3).

En auto-hypnose, la dissociation sert là encore des fins thérapeutiques. O.Lockert la définit comme "l'élément clé de la séance d'hypnose". Il écrit : "Vous pouvez dissocier la personne : de son problème, des bruits éventuels de l'extérieur, de l'expérience intérieure, vous pouvez dissocier les images d'un souvenir des émotions qui lui sont rattachées, vous pouvez dissocier le corps de l'esprit ou même les facettes d'une même personnalité, vous pouvez dissocier la personne à l'intérieur de son expérience, en la faisant se déplacer jusqu'à un endroit où elle se sent plus en sûreté, à l'abri du revécu traumatisant (et de ses acteurs)…etc.(2)

Même si, comme on l'a vu, les orientations suivies par le yoga nidra et l'auto-hypnose diffèrent sur le fond, nous voulons rapporter pour finir deux propos qui semblent néanmoins indiquer, sur ce point, une orientation commune. Le premier de J.Doridot qui écrit : "Nous sommes tous hypnotisés, par nos expériences passées, notre éducation, les règles et les principes que nous nous infligeons parfois sans jamais se les être appropriés. Et nous traversons le monde à tâtons, hypnotisés -d'une hypnose qui amoindrit au lieu d'éveiller". Le second de Satyananda Saraswati: "Nous nous pensons tous en tant qu'unités individuelles de conscience, alors qu'en vérité nous sommes partie intégrante d'une conscience universelle. La plupart d'entre nous se trouvent maintenus dans cet état de conscience individuelle limitée, à cause de conflits et de problèmes. Notre conscience est tirée vers le bas par des émotions négatives".

*pour faciliter la compréhension du texte original, nous avons emprunté la traduction à plusieurs auteurs

*notamment : -le swish ("le swish est une technique pour orienter le cerveau vers une représentation des changements voulus. Il consiste à faire en sorte de croiser une image mentale négative aux effets invalidants avec une image mentale positive et stimulante"); -l'ancrage ("l'ancrage fait référence aux processus d'association entre une réponse interne à un déclencheur externe ou interne, de façon à ce que la réponse puisse être rapidement retrouvée"); -le recadrage ("recadrer signifie changer le point de vue, voir les choses avec une perspective différente, sous un autre angle. En plaçant une expérience dans un autre cadre plus approprié, elle prend ainsi une toute autre signification"); -la dissociation ("processus qui permet à une personne d’identifier deux ou plusieurs éléments comme étant différents et séparés les uns des autres. Etat dans lequel on est témoin d’une expérience passée, présente ou à venir"). extraits de : http://www.institut-repere.com/Lexique-PNL/lexique-pnl-lettre-a.html


(1)Yoga Nidra. Swami Satyananda Saraswati

(2)Hypnose. O.Lockert

(3)L'hypnose orientée vers la solution.W-H.O'Hanlon et M.Martin

(4)http://www.hypnosetherapies.net/techniques-dinduction-autohypnose/

(5)S'entraîner à l'auto-hypnose au quotidien. J.Doridot


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