MUSIQUE ET VIBRATIONS


Laissons tout d'abord Daniel Levitin nous expliquer en détail par quelles voies nous percevons la musique : "Le terme «hauteur tonale» renvoie à la représentation mentale que se fait un organisme de la fréquence fondamentale d'un son. C'est donc un phénomène purement psychologique. Par «psychologique» j'entends que tout se passe entièrement dans notre tête, pas dans le monde extérieur : il s'agit du produit final d'une chaîne d'événements mentaux qui donnent lieu à une représentation ou qualité entièrement interne et subjective. Les ondes sonores -des molécules d'air vibrant à diverses fréquences- ne possèdent pas de hauteur tonale propre. Leur mouvement, leur oscillation peuvent être mesurés, mais seul un cerveau humain (ou animal) peut y attribuer cette qualité interne que nous appelons «hauteur»…Les ondes sonores atteignent le tympan et le pavillon (la partie charnue de l'oreille), déclenchant une chaîne d'événements mécaniques et neurochimiques dont le résultat est une image mentale appelée «hauteur tonale». Si un arbre tombe dans la forêt mais que personne n'est là pour l'entendre, produit-il un son ? (Cette question fut posée pour la première fois par le philosophe irlandais George Berkeley.) La réponse est non : le son est une image mentale créée par le cerveau en réponse à des molécules en vibration. De même, il ne peut y avoir de hauteur tonale en dehors de la présence d'un humain ou d'un animal. Un appareil approprié peut mesurer la fréquence produite par la chute de l'arbre, mais il ne s'agit pas d'un son si personne ne l'entend… La capacité à détecter les différentes hauteurs tonales est physiologique: elle varie donc d'un animal à l'autre. Comment se fait-il que les humains sachent distinguer les tons ? La membrane basilaire de l'oreille interne contient des cellules auditives (appelées «cellules ciliées») qui sélectionnent les fréquences et ne s'activent qu'en réponse à certaines bandes de fréquences. Ces cellules en forme de poils s'étendent sur la membrane : les sons à basse fréquence stimulent les cellules à une extrémité, les fréquences moyennes celles du milieu, et les hautes fréquences celles de l'autre extrémité. On peut considérer cette membrane comme une carte des différents tons, à laquelle on pourrait superposer un clavier de piano. Les tons étant répartis sur la surface topographique de la membrane, on appelle cela une «carte tonotopique». Quand les sons entrent dans l'oreille, ils passent par la membrane basilaire, activant certaines cellules auditives selon leur fréquence. La membrane agit de la même manière que les lampes à détection de mouvement qu'on peut trouver dans un jardin. L'activité d'une certaine partie de la membrane envoie un signal électrique au cortex auditif. Celui-ci possède sa propre carte tonotopique : les tons sont répartis sur la surface corticale, des aigus aux graves. La hauteur tonale est tellement importante que, contrairement à tous les autres attributs musicaux, le cerveau la représente directement au moyen de cette carte"(1).

On connaît les effets de la musique sur l'humeur. En rapportant les expérimentations effectuées sur des souris par deux chercheurs japonais, Silvia Bencivelli nous dévoile un peu plus les mécanismes physiologiques à l'origine de ces modifications : "Pour expliquer pourquoi la musique est en mesure de réduire l’hypertension artérielle, les neuroscientifiques Den’etsu Sutoo et Kayo Akiyama, de l’université de Tsukuba au Japon, ont observé un groupe de souris souffrant d’hypertension aux prises avec l’adagio du Divertissement n°7 en ré majeur de Mozart. Les petites bêtes étaient logées dans l’animalerie du laboratoire, bien soignées et bien nourries. On leur avait ensuite implanté une canule dans le ventricule cérébral latéral, pour pouvoir mesurer le niveau de certaines substances à cet endroit. Un examen médical attentif avait été effectué, et on avait surtout mesuré la pression artérielle, à l’aide d’un tout petit sphygmomanomètre inventé exprès pour les souris et doté d’un brassard placé sur la queue. Les chercheurs japonais ont ainsi vérifié que l’écoute de musique augmente la quantité de calcium acheminée vers le cerveau. Cela active la production de dopamine, qui à son tour inhibe l’activité du système nerveux sympathique, réduisant ainsi la pression artérielle… Un groupe de chercheurs italiens et anglais a étudié les effets du rythme et de la structure mélodique sur la respiration et sur certains paramètres de la fonction circulatoire. La rapidité de la musique influence notre physiologie. En particulier, l’écoute accélère la respiration et fait augmenter la pression et le rythme cardiaque de façon proportionnelle au rythme de la musique et à sa complexité : plus une musique est rapide, plus ces paramètres s’élèvent, probablement à cause d’un effet de stimulation du système sympathique. L’effet ne dépend pas du genre musical ou des goûts de l’auditeur. La preuve en a été apportée en comparant de la musique indienne raga, interprétée au sitar, un morceau de rap des Red Hot Chili Peppers, l’Adagio de la Neuvième Symphonie de Beethoven, une pièce dodécaphonique de Anton Webern, de la musique techno de Gigi d’Agostino et le Presto de l’Eté de Vivaldi. Tous les morceaux rapides (le Presto de Vivaldi, le rap des Red Hot Chili Peppers et la techno) augmentaient le rythme cardiaque et le rythme respiratoire de façon similaire. Pour le cerveau, Vivaldi et la techno ne sont pas si éloignés, alors que l’Adagio de Beethoven, et encore plus le raga, avaient l’effet inverse : cela démontrerait entre autres que ce n’est pas le style musical qui a des effets biologiques, mais le rythme"(2).

A propos de la modification du taux de dopamine provoqué par l'écoute musicale, Daniel Levitin écrit : "Ecouter de la musique provoquait l'activation successive de nombreuses zones cérébrales dans un ordre particulier. D'abord, le cortex auditif pour l'analyse primaire des composants du son. Ensuite, les régions frontales telles que BA44 et BA47, que nous avions précédemment reconnues comme responsables de l'analyse de la structure et des attentes. Puis un réseau de plusieurs zones -le système méso limbique-, à l'œuvre dans l'excitation, le plaisir, la production d'opioïdes et de dopamine, et enfin le noyau accumbens. Le cervelet et les noyaux gris centraux étaient actifs tout du long, sans doute pour soutenir l'analyse du rythme et de la mesure. Il semble donc que la satisfaction et le plaisir liés à la musique découlent de l'augmentation des niveaux de dopamine dans le noyau accumbens, à laquelle participe le cervelet en régulant les émotions grâce à ses connexions avec le lobe frontal et le système limbique. La neuropsychologie actuelle associe les humeurs positives à des niveaux de dopamine élevés : c'est pour cette raison que nombre des nouveaux antidépresseurs agissent sur le système dopaminergique. Clairement, la musique met les gens de bonne humeur. Nous pensons à présent savoir pourquoi "(1).

La musique aurait aussi un effet sur la production des anticorps : "Aidé de son collègue Carl Charnetski, il (le professeur Francis Brennan) se lança donc dans cette quête. Cela ne devait guère poser de problème, puisque le taux d'immunoglobuline A (Les immunoglobulines A (IgA) sont un isotype d'anticorps majoritairement produit (par le système immunitaire des muqueuses) au niveau des muqueuses, où elles constituent une première ligne de défense immunitaire contre les toxines et les agents infectieux présents dans l'environnement -source : wikipedia.fr) est très facile à mesurer : un simple échantillon de salive suffit. La première activité agréable qu'ils choisirent de tester, fut la musique. Simple ! Il suffisait d'en faire écouter à des volontaires. Et ensuite de les faire cracher. Au début de leurs expériences, ils se contentèrent de faire écouter quelques airs de musique à un panel d'étudiants. Trente minutes de notes sympas et allègres. Suivies de 30 minutes de mélodies plus mélancoliques, voire lugubres. Résultat : la musique allègre augmente le taux d'immunoglobuline A dans la salive des étudiants. La musique triste la diminue" (3).

Plus encore, dans son article sur la musique (4),Erik Piganiévoque les effets des sons sur nos cellules : "Pour comprendre comment la musique agit sur nous, il faut savoir qu’elle n’a rien d’immatériel et ne passe pas directement des instruments à notre cerveau. Son support, c’est l’air, celui qu’on respire. Qu’il s’agisse du tintement apaisant d’une cloche ou du vacarme assourdissant d’un marteau-piqueur, tous les sons déplacent de l’air, exerçant une «pression acoustique» qui vient caresser ou frapper nos tympans. Par ailleurs, tous les sons ont leurs propres fréquences, leurs propres vibrations : trop aigus ou trop graves, on ne les entend pas. Or ces dernières n’ont rien d’immatériel non plus. Des chercheurs américains du Jet Propulsion Laboratory de Pasadena ont constaté qu’en envoyant des ultrasons très puissants dans une boule de verre remplie d’eau, on voyait se former de minuscules bulles émettant des éclairs bleuâtres. Ce phénomène de «sonoluminescence » est bien la preuve que les sons ont une action physique sur la matière. Ainsi, même si notre oreille ne perçoit, en apparence, que les fréquences «moyennes», la première influence de la musique s’exerce sur tout notre corps. En réalité, notre organisme est un véritable orchestre à lui tout seul : battements du cœur, rythme cérébral, respiration des poumons, vitesse de circulation du sang, vibration des cellules, pulsations du système nerveux… Si les rythmes et les fréquences extérieurs sont trop rapides, trop agressifs, les interprètes de notre orchestre intérieur sont perturbés. Ils essaient alors de s’adapter en «suivant le mouvement». Résultat : le stress et la tension montent. A l’inverse, si la musique entre en correspondance avec nos rythmes biologiques, l’harmonie règne…

Le chercheur français Fabien Maman, fondateur de l’Académie de tama-do (la «voie de l’âme» en japonais) à Londres, a fait sa propre synthèse de l’univers vibratoire (sons, couleurs, odeurs, mouvements) et a mis au point une technique très originale : pour soigner, il pose des diapasons -ces petites fourches qui servent à accorder les instruments- directement sur les points d’acupuncture. Les vibrations courent le long des muscles, des nerfs, des os… et «raccordent» notre corps et nos énergies".

De vibrations, il en était déjà question en 1907, le Dr.Vittoz étudiait alors les vibrations émises par ses patients, comme le rapporte A.Junod dans son livre : "Il chercha si le cerveau, comme le cœur, ne donnerait pas une indication sur son activité et réceptif, sa main placée d'abord sur la tête d'une malade, puis de champ sur son front, il sentit là de petites ondulations. Dans le sommeil, il ne les percevait plus. Elles paraissaient donc être en relation avec le travail cérébral conscient du patient. Nous disons conscient, car dans le rêve il se produit un travail cérébral, mais fourni seulement par les associations subconscientes… Quelle est la nature de ces vibrations cérébrales ? Elles ne sont vraisemblablement pas celles du cerveau perçues à travers la boîte crânienne, mais elles comprennent, semble-t-il, des contractions musculaires que l'examen à la loupe révèle, et qu'avec un peu d'exercice on peut percevoir par contact de la main, et aussi d'autres vibrations dont la nature nous échappe et qui peuvent être perçues à distance par certains observateurs très entraînés.

Peut-être ces dernières vibrations sont-elles de même nature que celles perçues, par exemple, par les sourciers. Il est évident que les contractions musculaires s'accompagnent de courants électriques extrêmement légers que des électrocardiographes ont enregistrés… Il est curieux de constater qu'on a affaire, pour ces opérations psychiques, à des vibrations, comme pour la lumière, l'électricité, la chaleur avec lesquelles nous ne voulons pas établir évidemment une grande analogie. La science actuelle découvre de plus en plus le rôle immense que jouent dans l'univers les ondes et leurs vibrations"(5).

Revenons à Fabien Maman, il écrit : "Au début des années 1980, j'ai photographié les diverses formes que prennent des cellules humaines sous l'influence de sons musicaux déterminés. J'ai observé avec surprise comment les cellules cancéreuses explosent, et comment les cellules saines se transforment en cercles (mandalas) aux formes et couleurs magnifiques. J'ai découvert que chaque personne possède une "signature sonore" unique, autrement dit une Note Fondamentale (ou Son fondamentale), et que, lorsque ses cellules se mettent en résonance avec la note en question, sa santé et son harmonie psycho-physique peuvent être améliorées à la fois au niveau cellulaire et à celui du champ énergétique personnel, voire quant au rapport avec l'environnement proche… L'effet de la musique sur l'être humain ne se limite donc pas au psychisme, comme on serait tenté de le supposer et comme cela est tacitement postulé par les actuels praticiens de la musicothérapie. Il s'étend au corps, à la physiologie. Cette constatation d'importance découle aussi -à l'échelle non pas cellulaire mais moléculaire- des étonnantes recherches en "génodique" menées par le physicien Joël Sternheimer, avec qui j'ai d'ailleurs eu l'occasion de collaborer"(6). Puis il décrit les modalités de ses expérimentations : "J'ai placé une masse de cellules -hémoglobine provenant d'une goutte de sang- directement sur un film transparent posé sur la plaque ultra-sensible (70 000 volts) de l'appareil. Les cellules étaient mises en suspension dans une goutte de liquide physiologique ; un peu plus dense que l'eau, ce liquide maintient les cellules en un milieu stable qui leur évite de glisser hors du film. Il m'a fallu utiliser une masse de cellules, car il était impossible, techniquement, de placer le microscope au-dessus de l'appareil Kirlian pour isoler une cellule unique. La photo rend donc visible le champ énergétique d'une masse cellulaire. Pour chaque photo et chaque son, j'ai employé une nouvelle goutte de sang chargée d'hémoglobine, provenant de la même personne. J'ai émis à chaque fois une fréquence sonore (note musicale) différente, soit en la jouant sur un instrument de musique acoustique (non pas synthétique !), soit en la chantant. Le son était produit à une distance de 30 cm des cellules, en intensité faible de 25 décibels, comme une mère chantant une berceuse à son enfant pour l'endormir. Mes observations ont démontré que les cellules réagissent de façon différenciée aux fréquences sonores et aux instruments de musique"(6).


(1)De la note au cerveau. Daniel Levitin

(2)in : futura-sciences.com/magazines/sante/infos/dossiers/d/medecine-aime-t-on-musique-929/page/7/

(3)in : futura-sciences.com/magazines/sante/infos/dossiers/d/medecine-incroyables-ig-nobel-687/page/9/

(4)in: psychologies.com/Therapies/Developpementpersonnel/Epanouissement/Articles-et-Dossiers/Musique-la-frequence-bien-etre

(5)Les vibrations cérébrales. A.Junod

(6)Le Tao du son. Fabien Maman


En savoir plus sur Tama-DO:

http://tama-do.com/french/tama-do.html

Le yoga du son- Philippe Barraqué :

http://www.planetevoix.net/

compteur.js.php?url=jmhaIxwNos4%3D&df=eg